Lettre de Jean-François Séguier à Richard Bouquier , 1764-01-03
3 janvier 1764
[transcription] A Nimes, le 3e de l’an 1764 Monsieur, L’inscription que vous m’avez envoyé me fut communiquée il y a plus de six mois par Mr le Commandant de Gaillard. Voici comme je l’interprète. Hermès, affranchi de Fabius, en prit lorsqu’il reçut la liberté le prénom de Caius et le nom de son maître. Il devint ensuite un des Sexvirs de la Colonia Juliæ Paternae Arelatis, et fit de son vivant pour lui et les siens, sibi et suis, un sépulchre ou comme parle l’inscription, un monumentum. Il voulut de plus que ce monument fût commun à Caius Fabius Secundus, son maître et à Lucius Fabius Primus, frère de son maître. Jusque là, il n’y a rien que d’ordinaire dans de semblables monuments. Parcourez la classe de Gruter: Affectus Dominorum et Patronorum erga servos libertosque et contra, et vous y trouverez plusieurs affranchis qui ont fait des monuments à leurs patrons qui étaient cmmuns avec eux. Je n’en cite que celle-ci que je prends au hasard, p. dccccxli. 5. q. lvcilius pasicrate. sibi. et. q. lvcil. io cisso patrono b. m. et lvciliae po… collibertae… Mais, comme les anciens étaient fort jaloux qu’on ne mêlât point leurs cendres avec celles de ceux qui n’étaient pas de la même famille, Hermès défendit que ce monument ne passât pas aux héritiers du monument. Hoc monumentum heredes monumenti non sequentur. C’est ainsi qu’il faut expliquer les sigles: H. M. H. M. N. S.et non par hoc monumentum heredes meos non sequatur, ce qui formerait / [p. 495] une contradiction avec le fecit suis, comme vous le remarquez fort bien. Les siens, c’est-à-dire, tous ceux de sa famille pourront y avoir part mais si le sépulchre venait à appartenir à toute autre personne qu’aux siens, Hermès par la formule ordinaire prohibait qu’ils y fussent enterrés. Je me confirme d’autant plus dans l’explication du second sigle M répété qu’il doive signifier monumentum et non meos (heredes) qu’il serait mal aisé de trouver des inscriptions où il signifiât meos. Je n’en connais aucune. Voilà mon sentime