Cour d'Appel4eme Chambre Section 1
Cour d'Appel · 4eme Chambre Section 1 — 6 janvier 2023
- ECLI
- 63b91b01b63d827c909cad77
- Date
- 6 janvier 2023
- Condamnation
- 1 351 461 €
Demande de prise d'acte de la rupture du contrat de travail
Source : DILA / Judilibre · open data
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Texte intégral
06/01/2023 ARRÊT N° 2023/1 N° RG 20/01229 - N° Portalis DBVI-V-B7E-NRYL SB/KS Décision déférée du 05 Mars 2020 - Conseil de Prud'hommes - Formation paritaire de TOULOUSE ( 18/01155) SECTION COMMERCE CH2 [S] [A] [G] [E] C/ S.A.R.L. RENTEVENTS INFIRMATION PARTIELLE Grosses délivrées le 06/01/2023 à Me Jean-françois LAFFONT Me Nadine EVALDRE ccc le 06/01/2023 à Me Jean-françois LAFFONT, Me Nadine EVALDRE REPUBLIQUE FRANCAISE AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS *** COUR D'APPEL DE TOULOUSE 4eme Chambre Section 1 *** ARRÊT DU SIX JANVIER DEUX MILLE VINGT TROIS *** APPELANT Monsieur [G] [E] [Adresse 4] [Localité 2] Représenté par Me Jean-françois LAFFONT, avocat au barreau de TOULOUSE INTIMÉE S.A.R.L. RENTEVENTS [Adresse 3] [Localité 1] Représentée par Me Nadine EVALDRE, avocat au barreau de TOULOUSE COMPOSITION DE LA COUR En application des dispositions des articles 786 et 907 du Code de procédure civile, l'affaire a été débattue le 02 Novembre 2022, en audience publique, les avocats ne s'y étant pas opposés, devant Mmes S.BLUME et M.DARIES , chargées du rapport. Ces magistrats ont rendu compte des plaidoiries dans le délibéré de la Cour, composée de : S. BLUME, présidente M. DARIES, conseillère N. BERGOUNIOU, magistrat honoraire exerçant des fonctions juridictionnelles Greffier, lors des débats : C. DELVER ARRET : - CONTRADICTOIRE - prononcé publiquement par mise à disposition au greffe après avis aux parties - signé par S. BLUME, présidente, et par C. DELVER, greffière de chambre. FAITS - PROCÉDURE - PRÉTENTIONS DES PARTIES M. [E] a été embauché le 1er décembre 2015 par la société RENTEVENTS en qualité de d'employé polyvalent suivant contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel. Par lettre recommandée avec avis de réception du 11 mai 2018, M. [E] a pris acte de la rupture de son contrat de travail pour divers manquements imputés à l'employeur concernant le non-paiement d'heures de nuit et d'heures complémentaires, et le retrait injustifié de jours de travail. Le salarié a saisi le conseil de prud'hommes de Toulouse le 12 juillet 2018 afin de voir juger que la prise d'acte de rupture produit les effets d'un licenciement dépourvu de cause réelle et sérieuse et condamner l'employeur au paiement de diverses sommes. Le conseil de prud'hommes de Toulouse par jugement du 5 mars 2020 a: - dit que la demande de M. [E] de paiement d'heures complémentaires de travail est infondée, - dit que les demandes de M. [E] de paiement d'heures de travail de nuit et de repos compensateur sont infondées, - dit que M. [E] n'a pas travaillé du 17 au 31 juillet 2017 et du 15 au 31 août 2017, - dit que la prise d'acte de rupture du contrat de travail de M. [E] est infondée et qu'elle produit les effets d'une démission, - débouté M. [E] de l'intégralité de ses demandes, - débouté la société de sa demande reconventionnelle au titre de préavis, - débouté la société de sa demande de paiement au titre de l'article 700 du Code de procédure civile, - condamné M. [E] aux entiers dépens de l'instance. *** Par déclaration du 9 juillet 2020, M. [E] a interjeté appel de ce jugement qui lui avait été notifié le 30 avril 2020, dans des conditions de délai et de forme qui ne sont pas contestées. *** Par ses dernières conclusions communiquées au greffe par voie électronique le 12 août 2020, M. [E] [G] demande à la cour de réformer le jugement dont appel et de : - constater le non-paiement des heures complémentaires, des heures de nuit, des jours fériés et des congés payés retenus et non pris, - juger que la prise d'acte produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse En conséquence, - condamner la société à lui payer les sommes suivantes : 2.729,19 € bruts au titre des heures complémentaires et jours fériés 272,91 € bruts au titre des congés y afférents 13 514,61 € bruts au titre des heures de nuit 1 51,46 € bruts au titre des congés payés y afférents 434,90 € nets au titre de l'indemnité pour les repos compensateurs sur les heures de nuit 2 411 € bruts au titre des congés payés dus pour l'année 2016 - fixer le salaire moyen mensuel à la somme de 2 411 € - condamner la société à lui payer les sommes suivantes : 4 822 € bruts au titre de l'indemnité compensatrice de préavis 482,20 € bruts au titre des congés payés y afférents 1.506,88 € nets au titre de l'indemnité de licenciement 7 233 € nets au titre des dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse 1 500 € au titre de l'article 700 du Code de procédure civile - ordonner à la société de lui remettre les bulletins de paie rectifiés et conformes à la décision à intervenir, - assortir ces condamnations des intérêts au taux légal, calculé du jour de la saisie du Conseil, - condamner la société aux entiers dépens de l'instance. *** Par ses dernières conclusions communiquées au greffe par voie électronique le 23 octobre 2020, la société RENTEVENTS demande à la cour de : - confirmer la décision en ce qu'elle a: * jugé qu'en l'absence de manquements de l'employeur, la prise d'acte de son contrat de travail par M. [E] devait s'analyser en une démission, * débouté M. [E] de ses demandes en paiement d'indemnités de rupture et de dommages et intérêts, * débouté M. [E] de ses demandes en paiement d'heures complémentaires, travail de nuit, congés payés, - faire droit à l'appel incident formé par la société et condamner le salarié au paiement de 1 560 € au titre du préavis Y ajoutant : - condamner M. [E] au paiement de 2 000 € sur le fondement de l'article 700 du Code de procédure civile ainsi qu'aux éventuels dépens. La clôture de l'instruction a été prononcée par ordonnance en date du 21 octobre 2022. *** Il est fait renvoi aux écritures pour un plus ample exposé des éléments de la cause, des moyens et prétentions des parties, conformément aux dispositions de l'article 455 du code de procédure civile. MOTIFS DE LA DECISION Sur la convention collective applicable La convention collective applicable aux salariés est celle dont relève l'activité principale exercée par l'employeur. Le salarié revendique l'application des dispositions de la convention collective des prestataires de service mentionnée sur les bulletins de salaire sous l'appellation 'convention collective Services' avec indication du code APE 6820B. La société RENTEVENTS dénie l'application de cette convention collective , arguant d'une erreur tant dans les indications portées sur les bulletins de salaire que dans celles du contrat de travail faisant référence à la convention collective du commerce de détail. Elle expose qu'elle a pour objet social la location de salle pour l'organisation de lotos, activité qui ne rentre pas dans le champ d'application de ces conventions collectives et que seules sont applicables les dispositions légales. Il ressort des explications fournies de part et d'autre qu'au-delà de l'activité de location de salle, la société RENTEVENTS organise des lotos et affecte ses salariés à l'encadrement de cette activité de jeux. Le code APE 6820B mentionné sur les bulletins de salaire correspond bien à cette activité principale de location et d'exploitation d'immeubles non résidentiels. La cour constate que cette activité relève de la convention collective des prestataires de services du secteur tertiaire qui concerne notamment les services d'accueil à caractère événementiel, actions d'animation et de promotion. Elle relève au surplus que ladite convention collective est expressément mentionnée sur chaque bulletin de salaire. Le jugement est donc confirmé en ses dispositions ayant fait application de ces dispositions conventionnelles. Aux termes du courrier recommandé adressé à l'employeur le 11 mai 2018, M.[E] fonde sa prise d'acte de rupture sur les manquements suivants de l'employeur, qu'il convient d'examiner successivement: - non paiement des heures de nuit - non paiement des heures supplémentaires - travail dissimulé Sur les heures complémentaires et jours fériés Heures complémentaires Aux termes de l'article 2 de son contrat de travail à temps partiel, M.[E] a été engagé pour une durée de travail de 80 heures par mois réparties comme suit sur la semaine: le mercredi en fonction des événements organisés, le samedi de 19h à 0h, le dimanche de 19h à 0h, avec possibilité de modification de cette répartition avec un délai de prévenance de 7 jours , et possibilité d'heures complémentaires dans la limite du tiers de l'horaire contractuel. L'article L.3123-14 du code du travail, dans sa version applicable au litige, dispose : 'Le contrat de travail du salarié à temps partiel est un contrat écrit. Il mentionne : 1° La qualification du salarié, les éléments de la rémunération, la durée hebdomadaire ou mensuelle prévue et, sauf pour les salariés des associations et entreprises d'aide à domicile et les salariés relevant d'un accord collectif de travail conclu en application de l'article L. 3122-2, la répartition de la durée du travail entre les jours de la semaine ou les semaines du mois ; 2° Les cas dans lesquels une modification éventuelle de cette répartition peut intervenir ainsi que la nature de cette modification ; 3° Les modalités selon lesquelles les horaires de travail pour chaque journée travaillée sont communiqués par écrit au salarié. Dans les associations et entreprises d'aide à domicile, les horaires de travail sont communiqués par écrit chaque mois au salarié ; 4° Les limites dans lesquelles peuvent être accomplies des heures complémentaires au-delà de la durée de travail fixée par le contrat. L'avenant au contrat de travail prévu à l'article L. 3123-25 mentionne les modalités selon lesquelles des compléments d'heures peuvent être accomplis au-delà de la durée fixée par le contrat.' L'article L.3123-17 code du travail, dans sa version applicable au litige, dispose : 'Le nombre d'heures complémentaires accomplies par un salarié à temps partiel au cours d'une même semaine ou d'un même mois ou sur la période prévue par un accord collectif conclu sur le fondement de l'article L. 3122-2 ne peut être supérieur au dixième de la durée hebdomadaire ou mensuelle de travail prévue dans son contrat calculée, le cas échéant, sur la période prévue par un accord collectif conclu sur le fondement de l'article L. 3122-2. Les heures complémentaires ne peuvent avoir pour effet de porter la durée du travail accomplie par un salarié au niveau de la durée légale du travail ou à la durée fixée conventionnellement.' Selon l'article L3123-20 une convention ou un accord de branche étendu peut prévoir le taux de majoration de chacune des heures complémentaires accomplies dans la limite fixée à l'article L2123-20. Ce taux ne peut être inférieur à 10 %. Selon l'article L.3123-14 le contrat de travail à temps partiel mentionne les limites dans lesquelles peuvent être accomplies des heures complémentaires au-delà de la durée de travail fixée par le contrat. Il est précisé que le taux de majoration est défini de la façon suivante par les articles L.3123'21 et L. 3123'29 du Code du travail: -en présence d'une convention ou d'un accord de branche étendu, le taux de majoration des heures complémentaires ne peut être inférieur à 10 %. -à défaut de stipulation conventionnelle, le taux de majoration des heures complémentaires est de 10 % pour chacune des heures accomplies dans la limite du dixième des heures prévues au contrat de travail et de 25 % pour chacune des heures accomplies entre le dixième et le tiers des heures prévues au contrat de travail. L'article L 3171-4 du code du travail prévoit qu'en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, l'employeur fournit au juge les éléments de nature à justifier les horaires effectivement réalisés par le salarié . Au vu de ces éléments et de ceux fournis par le salarié au soutien de sa demande, le juge forme sa conviction, après avoir ordonné en cas de besoin, toutes les mesures d'instruction qu'il estime utiles. Il résulte de ces dispositions, qu'en cas de litige relatif à l'existence ou au nombre d'heures de travail accomplies, il appartient au salarié de présenter, à l'appui de sa demande, des éléments suffisamment précis quant aux heures non rémunérées qu'il prétend avoir accomplies afin de permettre à l'employeur, qui assure le contrôle des heures de travail effectuées, d'y répondre utilement en produisant ses propres éléments. Le juge forme sa conviction en tenant compte de l'ensemble de ces éléments au regard des exigences rappelées aux dispositions légales et réglementaires précitées. A l'appui de sa demande en paiement d'un rappel de salaire M.[E] produit les éléments suivants: - des relevés d'heures de travail quotidiens et mensuels journaliers et mensuels , avec indication de la durée de travail et heures de nuit entre décembre 2015 et octobre 2017, - les bulletins de salaire sur la période concernée mentionnant un salaire mensuel de 768,80 euros à 780,80 euros à l'exclusion d'heures complémentaires - un récapitulatif sur la période de décembre 2015 à octobre 2017 mentionnant le nombre d'heures mensuelles effectuées, le nombre d'heures payées, le nombre d'heures impayées dont les heures travaillées de nuit et jours fériés. - un décompte totalisant le rappel de salaire réclamé avec majorations au titre des heures complémentaires effectuées - des attestations de clients (Mmes [V], [W], [R], [N], [X], [P], [Z], [D], [M],[K], [O]) indiquant que M.[E] était présent à l'ouverture des portes de la salle à 19h30 , que le loto prenait fin vers 0h30, les trois salariés présents poursuivant leur travail en faisant le rangement et le ménage. Certains mentionnent des jours de loto les mardi, jeudi, vendredi, samedi et dimanche. Le salarié produit ainsi des éléments suffisants permettant à l'employeur de répondre. La société RENTEVENTS, pour sa part, affirme que les 6 salariés travaillaient par roulement par équipes de trois, que M.[E] était en charge de l'établissement des plannings des salariés et qu'il s'est abstenu de toute réclamation sur son temps de travail et celui de ses collègues pendant près de deux ans. Elle soutient , sur la base d'une vingtaine de témoignages de clients , que les portes de la salle ouvraient pour les uns à 21h, pour les autres à 19h30. Pour certains, le travail commençait à 20h15 après que les salariés aient dîné, pour prendre fin à 0h15, même si les salariés avaient pris l'habitude par convenance personnelle de se retrouver avant et après les séances de loto. Elle produit le témoignage d'une dizaine de clients indiquant avoir appris en novembre 2017 que M.[E] n'était pas le dirigeant de la société. La cour relève que l'employeur a l'obligation de contrôler le temps de travail de ses salariés et d'établir les documents nécessaires au décompte de la durée de travail, le concours qui a pu lui être apporté par un salarié dans ce décompte ne l'exonérant en rien de cette responsabilité. Sur ce point l'employeur ne fournit aucun élément justifiant du temps de travail effectif de M.[E]. Les contradictions qui résultent des témoignages contraires établis successivement par les mêmes clients en faveur du salarié et de l'employeur (Mesdames [X], [P]) privent de toute valeur probante les déclarations qu'ils comportent et conduisent à les écarter des débats. Quant aux attestations ayant trait à la confusion qui a pu exister chez certains clients sur l'identité de l'employeur, elles ne sont d'aucune utilité pour le débat qui porte sur le temps de travail du salarié. Il demeure pour autant certain au vu des témoignages de clients produits de part et d'autre, que trois salariés étaient présents lors de l'organisation des lotos, dès l'ouverture de la salle à 19h30 jusqu'à 0h15-0h30 , quelques incertitudes demeurant sur l'heure exacte de fermeture de la salle au regard des tâches inhérentes au nettoyage et au rangement de la salle dont font état de nombreux clients après la fin du loto. L'essentiel des attestations ne foit pas état en revanche d'une présence du salarié l'après-midi sur la période de 13h30 à 19H30. Au vu de ces éléments la cour retient que le salarié a travaillé de 19h30 à 0h45, soit sur une amplitude horaire de 5h15, ce pendant trois jours par semaine, selon les indications mentionnées par le salarié dans les tableaux récapitulatifs mensuels qui mentionnent une activité les jeudi, vendredi et dimanche. La cour écarte les périodes de travail ponctuelles dont le salarié fait état de 13h30 à 1h , périodes qui ne sont pas corroborées de façon sérieuse par des témoignages précis et concordants de clients, ce qui conduit à retenir une amplitude horaire de 15,45 h par semaine, soit 67h30 par mois. Il s'en déduit que le salarié, payé sur la base de 80 heures par mois ainsi que le mentionnent tous ses bulletins de salaire, ne peut prétendre au paiement d'heures complémentaires. Sa demande de ce chef est rejetée par confirmation du jugement déféré. Jours fériés Il demeure que les tableaux récapitulatifs précis que fournit le salarié mentionnent un travail lors de jours fériés (25 décembre 2015,1er mai 2016 et 14 juillet et 15 août 2017), éléments qui ne sont contrebattus par aucun élément probant émanant de l'employeur. Selon l'article 13 -2° de la convention collective des prestataires de services, les heures effectuées sont majorées de 25% en cas de travail les lundis de Pâques, 14 juillet et 15 août, de 100% en cas de travail les 1er mai , 25 décembre et 1er janvier. Il est donc justifié d'allouer au salarié le rappel de salaire suivant correspondant à la seule majoration non payée des heures accomplies les jours fériés: -majoration de 25% du salaire horaire de 9,67euros sur 5,15heures, les 14 juillet et 15 août, soit 24,90 euros - majoration de 100% du salaire horaire de 9,67 euros sur 5,15 heures les 25 décembre 2015 et 1er mai 2016, soit la somme de 99,60 euros Total 133 euros outre 13,30 euros d'indemnité de congés payés correspondante. Sur les heures de nuit Selon l'article 20 de la convention collective des prestataires de service, à défaut d'accord d'entreprise - ce qui est le cas en l'espèce- est défini comme travail de nuit tout travail effectué entre 22h et 7h. Les heures effectuées dans la plage horaire de nuit ouvrent droit à une majoration de 25%. Est défini comme travailleur de nuit tout salarié qui accomplit au minimum 2 fois par semaine 3heures sur la plage horaire de nuit ou au moins 78 heures sur la plage horaire de nuit pendant une période de 3 mois. Le travailleur de nuit bénéficie d'un repos compensateur d'une durée égale à 4% des heures effectuées la nuit. Le salarié qui a travaillé 3 jours par semaine entre 22h et 0h45 est donc fondé à prétendre à une majoration de 25% des heures de travail accomplies, qui n'ont été payées par l'employeur qu'au taux horaire de base. Il lui sera donc alloué au salarié sur la base d'une majoration horaire de 25% du salaire horaire de base de 9,67 euros ( soit une majoration horaire de 2,41 euros sur 2h45 par nuit): - décembre 2015:76,50 euros - année 2016 : 919,70 euros - année 2017 (janvier à octobre ): 765 euros total 1760,50 euros Il sera également alloué au salarié l'indemnité compensatrice de congés payés correspondante de 176,05 euros. Le salarié ayant accompli moins de trois heures par nuit ne peut prétendre au repos compensateur prévu par les dispositions précitées de la convention collective. Sur des congés décomptés à tort Le salarié soutient que l'employeur a décompté à tort des périodes de congés payés sur les bulletins de salaire de juillet 2017 (du 17 au 31 ) et août 2017 ( du 15 au 31 ) alors qu'il a travaillé sur ces périodes. Il est rappelé que les congés payés sont des périodes de repos impératives qui s'imposent tant à l'employeur qu'au salarié. Il est de droit qu'il incombe à l'employeur de prendre les mesures propres à assurer au salarié la possibilité d'exercer effectivement son droit à congé. En cas de contestation, il lui revient de justifier qu'il a accompli à cette fin les diligences qui lui incombent. La cour constate en l'espèce qu'il n'est pas justifié par l'employeur de diligences en vue de porter à la connaissance du salarié la période de prise des congés ainsi que l'ordre des congés et leur date. Le salarié, quant à lui, produit le témoignage de clients (MMe [C], [X], [P], [Z], [W]) qui attestent l'avoir vu travailler en juillet et en août 2017, éléments qui ne sont pas utilement contrebattus par les remarques d'ordre général de clients attestant en faveur de l'employeur d'un roulement de personnel sur les période de vacances sans autre précision des noms ou prénoms de salariés présents lors des vacances d'été 2017. C'est à tort que l'employeur soutient que le salarié a été rempli de ses droits alors que la somme de 1 011,71 euros remise au salarié lors de l'établissement du reçu pour solde de tout compte alors que cette somme correspond aux droits aux congés payés acquis et non pris lors de la rupture en mai 2018. Il résulte des mentions portées sur les bulletins de salaire de mai 2017 à août 2017 que l'employeur a déduit à tort 22,5 jours de congés non pris par le salarié (11 jours en juillet, 11,5 jours en août). Il lui sera donc alloué la somme de 857,30 euros à titre d'indemnité compensatrice de congés payés, le surplus de la demande correspondant aux heures complémentaires non dues étant écarté par la cour. Le jugement entrepris est infirmé de ce chef. Sur la prise d'acte de rupture La prise d'acte désigne tout acte par lequel le salarié notifie à l'employeur qu'il met fin au contrat de travail ou qu'il cesse le travail en raison de faits qu'il reproche à son employeur. Elle entraîne la cessation immédiate du contrat. Il revient à celui qui invoque la rupture du contrat de travail aux torts de l'employeur de rapporter la preuve de faits suffisamment graves qu'il reproche son employeur et il appartient au juge d'examiner les manquements de l'employeur invoqués devant lui par le salarié même si celui-ci ne les a pas mentionnés dans cet écrit, cette rupture produit les effets soit d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse si les faits invoqués le justifient soit d'une démission dans le cas contraire. M.[E] a pris acte de la rupture de son contrat de travail par un courrier recommandé adressé à son employeur le 11 mai 2018 dans lequel il reproche à son employeur de ne pas avoir donné suite à ses demandes par courriers des 13 novembre 2017 et 5 janvier 2018 concernant ses demandes en paiement d'heures complémentaires, des heures de nuit, des indemnités de congés payés déduits à tort, du travail dissimulé. Si la cour écarte la demande au titre des heures complémentaires, l'employeur a manqué gravement à ses obligations en s'abstenant de payer au salarié les majorations de salaire dues au titre du travail de nuit et des jours fériés et en procédant de façon indue à la déduction de 22,5 jours de congés payés. Ces faits présentent un caractère de gravité certain et justifient la prise d'acte de rupture du contrat de travail. En application de l'article L. 1234-1 du code du travail, si le salarié justifie chez le même employeur d'une ancienneté de services continus comprise entre six mois et moins de deux ans, il a droit à un préavis d'un mois. Le salarié bénéficiait d'une ancienneté de 1 an et 11 mois , en l'état d'un arrêt de travail pour maladie à compter de novembre 2017, et son salaire mensuel moyen doit être fixé à la somme de 857,30 euros intégrant les majorations pour heures de nuit. Il peut donc prétendre à une indemnité compensatrice de préavis de 857,30 euros , outre une indemnité compensatrice de préavis de 85,73 euros. L'indemnité légale de licenciement , qui est plus favorable que l'indemnité conventionnelle de licenciement, est d'1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté pour les 10 premières années. Il sera donc alloué au salarié une indemnité légale de 428,65 euros. Sur le fondement de l'article L1235-3 du code du travail le salarié qui bénéficie d'une ancienneté de 2 ans après intégration du préavis, est en droit de prétendre à une indemnité comprise entre 3 et 3,5 mois de salaire. M.[E] était âgé de 37 ans lors de la rupture et ne produit aucun élément d'actualisation de sa situation professionnelle, il lui sera alloué la somme de 2 571,90 euros à titre de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse , correspondant à trois mois de salaire. Sur les autres demandes Il est précisé que la créance de nature salariale produit intérêts au taux légal à compter du 31 juillet 2018,date de réception par l'employeur de la convocation devant le conseil de prud'hommes, et que la créance indemnitaire produit intérêt à compter du présent arrêt. La SARL RENTEVENTS, partie principalement perdante, supportera les entiers dépens de première instance et d'appel. M.[E] est en droit de réclamer l'indemnisation des frais non compris dans les dépens qu'il a dû exposer à l'occasion de cette procédure. La SARL RENTEVENTS sera donc tenue de lui payer la somme globale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 700 al.1er 1° du code de procédure civile. Le jugement déféré est infirmé en ses dispositions concernant les frais et dépens de première instance. La SARL RENTEVENTS est déboutée de ses demandes au titre des frais et dépens. PAR CES MOTIFS La cour, statuant publiquement, contradictoirement, en dernier ressort Confirme le jugement déféré en ses dispositions ayant débouté M.[E] de sa demande en paiement d'heures complémentaires, et débouté la SARL RENTEVENTS de sa demande au titre du préavis , L'infirme sur le surplus et statuant à nouveau Statuant à nouveau Condamne la SARL RENTEVENTS à payer à M.[G] [E] : - 133 euros à titre de rappel de salaire pour majoration des jours fériés et 13,30 euros d'indemnité de congés payés correspondante - 1760,50 euros à titre de rappel de salaire pour travail de nuit et 176,05 euros d'indemnité compensatrice de congés payés correspondante Dit que la prise d'acte de rupture produit les effets d'un licenciement sans cause réelle et sérieuse Condamne la SARL RENTEVENTS à payer à M.[G] [E] : - 857,30 euros à titre d'indemnité compensatrice de préavis et 87,73 euros d'indemnité compensatrice de congés payés correspondante - 428,65 euros d'indemnité légale de licenciement - 857,30 euros au titre des congés payés non pris - 2 571,90 euros à titre de dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse - 1500 euros au titre des frais irrépétibles Dit que les créances de nature salariale produisent intérêts au taux légal à compter du 31 juillet 2018,date de réception par l'employeur de la convocation devant le conseil de prud'hommes, et que les créances indemnitaires produisent intérêt à compter du présent arrêt Rejette toute demande plus ample ou contraire des parties Condamne la SARL RENTEVENTS aux entiers dépens de première instance et d'appel Le présent arrêt a été signé par S.BLUMÉ, présidente et par C.DELVER, greffière. LA GREFFIÈRE LA PRÉSIDENTE C.DELVER S.BLUMÉ .
Articles de loi cités
article 700 du Code de procédure civile ainsi quarticle L.3123-14 du code du travailarticle L 3171-4 du code du travail prévoit quarticle 20 de la convention collective des prestarticle L.3123-17 code du travailarticle L1235-3 du code du travail le salarié qui bénarticle 455 du code de procédure civile.
Citations
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Synthèse
- Juridiction
- Cour d'Appel
- Chambre
- 4eme Chambre Section 1
- Date
- 6 janvier 2023
- Matière
- Demande de prise d'acte de la rupture du contrat de travail
Référence
63b91b01b63d827c909cad77
Données disponibles
- Texte intégral
- Résumé officiel