Tribunal JudiciairePCP JCP ACR référé
Tribunal Judiciaire · PCP JCP ACR référé — 22 décembre 2023
- ECLI
- 65970611f74364d4a5c861b7
- Date
- 22 décembre 2023
- Condamnation
- 8 000 000 €
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Texte intégral
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE PARIS [1] [1] Copie conforme délivrée le : à :Me Elodie DENIS M. [C] [I] Copie exécutoire délivrée le : à :Me Jean-françois PÉRET Pôle civil de proximité ■ PCP JCP ACR référé N° RG 23/06118 - N° Portalis 352J-W-B7H-C2OIQ N° MINUTE : 6 ORDONNANCE DE REFERE rendue le 22 décembre 2023 DEMANDERESSE S.C.I. BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT, dont le siège social est sis [Adresse 2] - [XXXXXXXX03] représentée par Me Jean-françois PÉRET, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : #R46 DÉFENDEURS Madame [W] [P], demeurant [Adresse 1] - [Localité 4] représentée par Me Elodie DENIS, avocat au barreau de PARIS, vestiaire : #B0317 Monsieur [C] [I], demeurant [Adresse 1] - [Localité 4] non comparant, ni représenté COMPOSITION DU TRIBUNAL Julie TAUZIN, Juge, juge des contentieux de la protection assistée de Lisa BOUCHEMMA, Greffier, DATE DES DÉBATS Audience publique du 17 novembre 2023 ORDONNANCE réputée contradictoire et en premier ressort prononcée par mise à disposition le 22 décembre 2023 par Julie TAUZIN, Juge, assistée de Lisa BOUCHEMMA, Greffier Décision du 22 décembre 2023 PCP JCP ACR référé - N° RG 23/06118 - N° Portalis 352J-W-B7H-C2OIQ Exposé du litige Par acte sous seing privé du 4 juillet 1997, la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT a consenti un bail d’habitation à Madame [W] [P] et Monsieur [C] [I] sur des locaux situés au [Adresse 1] à [Localité 4], moyennant le paiement d’un loyer trimestriel de 42000 francs et d’une provision pour charges de 990 francs. Par actes de commissaire de justice des 4 et 31 mai 2023, la bailleresse a fait délivrer aux locataires un commandement de payer la somme principale de 5372,56 euros au titre de l'arriéré locatif, visant la clause résolutoire prévue dans le contrat. La commission de coordination des actions prévention des expulsions locatives a été informée de la situation de Madame [W] [P] et Monsieur [C] [I] le 1er juin 2023. Par assignation du 5 juillet 2023, la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT a ensuite saisi en référé le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Paris pour faire constater l’acquisition de la clause résolutoire, ordonner l’expulsion de Madame [W] [P] et Monsieur [C] [I] et obtenir leur condamnation au paiement des sommes suivantes : une indemnité mensuelle d’occupation d’un montant égal à celui du loyer et des charges, à compter de la résiliation du bail et jusqu’à libération des lieux,8082,70 euros à titre de provision sur l’arriéré locatif arrêté au 3 juillet 2023,1800 euros sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile, outre les entiers dépens. L’assignation a été notifiée au représentant de l’État dans le département le 12 juillet 2023, et un diagnostic social et financier a été réalisé. Ses conclusions ont été reçues au greffe avant l’audience, à laquelle il en a été donné lecture. L’affaire a été appelée à l’audience du 19 septembre 2023, pour être renvoyée au 17 novembre 2023. À l'audience du 17 novembre 2023, la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT, représentée par son conseil, se désiste de l’ensemble de ses demandes formées à l’encontre de Monsieur [C] [I] . Elle maintient en revanche l'intégralité de ses demandes concernant Madame [W] [P], et précise que la dette locative, actualisée au 1er octobre 2023, s'élève désormais à 10876,18 euros. La SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT considère qu'il n'y a pas eu de reprise du paiement intégral du loyer courant avant l'audience, au sens de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, le dernier paiement remontant au mois de janvier 2023, et s’oppose à l’octroi de délais de paiement et à la suspension des effets de la clause résolutoire. Madame [W] [P], représentée par son conseil, reconnait le principe et le montant de la dette locative. Elle sollicite des délais de paiement jusqu’au mois de juin 2024 et la suspension des effets de la clause résolutoire. Elle expose que Monsieur [C] [I], son ancien concubin, a donné congé en 1999 et qu’elle règle son loyer seule depuis cette date. Elle indique qu’elle rencontre des difficultés financières depuis le mois de janvier 2023, et que ses seules sources de revenus sont désormais le RSA et les APL. Elle précise qu’elle est héritière en indivision d’un terrain dont la valeur est estimée à 80000 euros, dont la vente, qui est actuellement en cours, devrait permettre de résorber la dette. Elle indique enfin qu’elle a fait plusieurs demandes pour obtenir un logement moins onéreux. Monsieur [C] [I], régulièrement cité à étude, n’a pas comparu et n’était pas représenté. Le président a autorisé la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT à transmettre avant le 24 novembre 2023 une note en délibéré, précisant le statut de la SCI. À l’issue des débats, la décision a été mise en délibéré jusqu’à ce jour, où elle a été mise à disposition des parties au greffe. Motifs de la décision Sur la note en délibéré Par courriel du 17 novembre 2023, le conseil de la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT a transmis au tribunal les statuts de la SCI. Cette note, autorisée par le président, sera ajoutée aux débats. Sur la demande de constat de la résiliation du bail Sur la recevabilité de la demande La SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT justifie avoir notifié l’assignation au représentant de l’État dans le département plus de deux mois avant l’audience. S’agissant d’une SCI familiale, elle n’était pas tenue de saisir la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives deux mois au moins avant la délivrance de l’assignation. Son action est donc recevable au regard des dispositions de l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989. Sur la résiliation du bail L'article 834 du code de procédure civile prévoit que dans tous les cas d'urgence, le juge des contentieux de la protection dans les limites de sa compétence peut ordonner en référé toutes les mesures qui ne se heurtent à aucune contestation sérieuse ou que justifie l'existence d'un différend. La juridiction des référés peut, sur le fondement de ce texte, mais sans que soit à caractériser la condition d'urgence, constater la résiliation de plein droit d'un contrat en vertu des stipulations conventionnelles. Aux termes de l’article 24 de la loi du 6 juillet 1989, dans sa version en vigueur à la date de la conclusion du contrat de bail litigieux, toute clause prévoyant la résiliation de plein droit du contrat de location pour défaut de paiement du loyer ou des charges aux termes convenus ne produit effet que deux mois après un commandement de payer demeuré infructueux. En l’espèce, un commandement de payer reproduisant textuellement les dispositions légales et la clause résolutoire contenue dans le contrat de location a été signifié à la locataire le 4 mai 2023. Or, d’après l'historique des versements, la somme de 5372,56 euros n’a pas été réglée par cette dernière dans le délai de deux mois suivant la signification de ce commandement et aucun plan d’apurement n’a été conclu dans ce délai entre les parties. La bailleresse est donc bien fondée à se prévaloir des effets de la clause résolutoire dont les conditions sont réunies depuis le 5 juillet 2023. Sur les délais de paiement et la suspension des effets de la clause résolutoire Selon l’article 24 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, le juge peut, à la demande du locataire, du bailleur ou d'office, à la condition que le locataire soit en situation de régler sa dette locative et qu'il ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, accorder des délais de paiement dans la limite de trois années, par dérogation au délai prévu au premier alinéa de l'article 1343-5 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette locative. Lorsque le juge est saisi en ce sens par le bailleur ou par le locataire, et à la condition que celui-ci ait repris le versement intégral du loyer courant avant la date de l'audience, les effets de la clause de résiliation de plein droit peuvent être suspendus pendant le cours des délais ainsi accordés par le juge. Cette suspension prend fin dès le premier impayé ou dès lors que le locataire ne se libère pas de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge. Ces délais et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter l'exécution du contrat de location et notamment suspendre le paiement du loyer et des charges. Si le locataire se libère de sa dette locative dans le délai et selon les modalités fixés par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne pas avoir joué. Dans le cas contraire, elle reprend son plein effet. En l'espèce, il ressort des éléments du dossier, et notamment du diagnostic social et financier réalisé dans les conditions de l’article 24 III de la loi du 6 juillet 1989, du décompte versé par le bailleur et de l’audience, que Madame [W] [P] n’a pas repris le versement intégral du loyer courant, le dernier paiement ayant été effectué au mois de janvier 2023. De ce fait, il est impossible de lui accorder des délais de paiement de 36 mois et de suspendre les effets de la clause résolutoire. En application de l’article 1343-5 du code civil, le juge peut, compte tenu de la situation du débiteur et en considération des besoins du créancier, reporter ou échelonner, dans la limite de deux années, le paiement des sommes dues. Toutefois, les revenus actuels de Madame [W] [P] ne lui permettent pas d’assumer régulièrement le paiement du loyer actuel ni, à plus forte raison, d'envisager un plan d'apurement de la dette. Enfin, la vente du terrain dont elle est héritière étant purement hypothétique à ce stade, il n’y a pas lieu de reporter le paiement de la dette. En conséquence, les demandes de délais de paiement et de suspension des effets de la clause résolutoire seront rejetées. Sur l’expulsion La clause résolutoire étant acquise depuis le 5 juillet 2023, Madame [W] [P] est occupante des lieux sans droit ni titre. Il convient, en conséquence, d’ordonner à la locataire ainsi qu’à tous les occupants de son chef de quitter les lieux, et, pour le cas où les lieux ne seraient pas libérés spontanément, d’autoriser la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT à faire procéder à l’expulsion de toute personne y subsistant. Cependant, dès lors qu'aucune circonstance ne justifie la réduction du délai prévu à l'article L.412-1 du code des procédures civiles d'exécution, il convient de rappeler que l'expulsion ne pourra avoir lieu qu'à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la délivrance à la locataire d'un commandement de quitter les lieux. Sur la dette locative Aux termes de l’article 835 du code de procédure civile, dans les cas où l’existence de l’obligation n’est pas sérieusement contestable, le juge des contentieux de la protection saisi en référé peut accorder une provision au créancier, ou ordonner l’exécution de l’obligation même s’il s’agit d’une obligation de faire. Le paiement des loyers et charges aux termes convenus dans le contrat est une obligation essentielle du locataire, résultant tant des dispositions contractuelles du bail signé entre les parties que de l’article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. En l’espèce, la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 1er octobre 2023, Madame [W] [P] lui devait la somme de 10876,18 euros. Madame [W] [P] n’apportant aucun élément de nature à remettre en cause ce montant, qu’elle reconnait à l’audience, elle sera condamnée, à titre provisoire, à payer cette somme à la bailleresse. Sur l’indemnité d’occupation Afin de dédommager le bailleur du préjudice subi du fait de l'occupation sans titre de son bien et sur le fondement de l'article 1240 du code civil, une indemnité d’occupation est allouée à celui-ci. En effet, l'indemnité d'occupation a un caractère mixte indemnitaire et compensatoire dans la mesure où elle est destinée, à la fois, à rémunérer le propriétaire de la perte de jouissance du local et à l'indemniser du trouble subi du fait de l'occupation illicite de son bien. Elle entre donc dans le champ d'application de l'article 1231-5 du code civil, qui permet au juge, même d'office, de modérer une clause pénale manifestement excessive. En conséquence, en cas de maintien dans les lieux de la locataire ou de toute personne de son chef malgré la résiliation du bail, une indemnité d’occupation sera due. Au vu des éléments de faits propres à l'affaire, l'indemnité d’occupation sera provisoirement fixée au montant du loyer et des charges qui aurait dû être payés en cas de poursuite dudit bail augmenté des accessoires. L’indemnité d’occupation est payable et révisable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, à partir du 5 juillet 2023, et ne cessera d’être due qu’à la libération effective des locaux avec remise des clés à la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT ou à son mandataire. Sur les dépens et frais irrépétibles Aux termes de l’article 696 du code de procédure civile, la partie perdante est condamnée aux dépens, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie. Madame [W] [P], qui succombe à la cause, sera condamnée aux dépens de la présente instance, conformément à l’article 696 du code de procédure civile. Sur l’article 700 du code de procédure civile Aux termes de l’article 700 du code de procédure civile, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens ; dans tous les cas, le juge tient compte de l’équité et de la situation économique de la partie condamnée. Compte tenu de sa situation économique, il n'y a pas lieu de condamner Madame [W] [P] à une quelconque indemnité sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile. Sur l’exécution provisoire Selon l'article 514 du code de procédure civile, les décisions de première instance sont de droit exécutoires à titre provisoire à moins que la loi ou la décision rendue n'en dispose autrement. Selon le dernier alinéa de l’article 514-1 du même code, le juge ne peut toutefois pas écarter l'exécution provisoire de droit lorsqu'il statue en référé. La présente ordonnance sera donc assortie de l’exécution provisoire. PAR CES MOTIFS, Nous, juge des contentieux de la protection, statuant après débats publics, par ordonnance mise à disposition au greffe, réputée contradictoire et en premier ressort, CONSTATONS que la dette locative visée dans le commandement de payer du 4 mai 2023 n’a pas été réglée dans le délai de deux mois, CONSTATONS, en conséquence, que le contrat conclu le 4 juillet 1997 entre la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT, d’une part, et Madame [W] [P] et Monsieur [C] [I], d’autre part, concernant les locaux situés au [Adresse 1] à [Localité 4] est résilié depuis le 5 juillet 2023, DEBOUTONS Madame [W] [P] de ses demandes de délais de paiement et de suspension des effets de la clause résolutoire, ORDONNONS à Madame [W] [P] de libérer de sa personne, de ses biens, ainsi que de tous occupants de son chef, les lieux situés au [Adresse 1] à [Localité 4] ainsi que, le cas échéant, tous les lieux loués accessoirement au logement, DISONS qu’à défaut de libération volontaire, il pourra être procédé à son expulsion et à celle de tous occupants de son chef avec l’assistance de la force publique, DISONS que le sort des meubles sera régi conformément aux dispositions des articles L. 433-1 et L. 433-2 du code des procédures civiles d'exécution, RAPPELONS que l’expulsion ne pourra avoir lieu qu’hors période hivernale et à l’expiration d’un délai de deux mois suivant la délivrance d’un commandement d’avoir à libérer les lieux, CONDAMNONS Madame [W] [P] au paiement d’une indemnité d’occupation mensuelle égale au loyer et aux charges qui auraient été dus en cas de poursuite du bail, DISONS que cette indemnité d’occupation, qui se substitue au loyer dès le 5 juillet 2023, est payable dans les mêmes conditions que l’étaient le loyer et les charges, jusqu’à libération effective des lieux et remise des clés à la bailleresse ou à son mandataire, CONDAMNONS Madame [W] [P] à payer à la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT la somme de 10876,18 euros (dix mille huit cent soixante-seize euros et dix-huit centimes) à titre de provision sur l’arriéré locatif arrêté au 1er octobre 2023, RAPPELONS que la présente ordonnance est exécutoire de droit à titre provisoire, DÉBOUTONS la SCI BOULOGNE SAINTONGE CHARLOT de sa demande au titre de l’article 700 du code de procédure civile, CONDAMNONS Madame [W] [P] aux dépens comprenant notamment le coût du commandement de payer du 4 mai 2023 et celui de l'assignation du 5 juillet 2023. Ainsi jugé par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023, et signé par la juge et la greffière susnommées. La Greffière La Juge
Articles de loi cités
article 1240 du code civilarticle 1343-5 du code civilarticle L.412-1 du code des procédures civiles darticle 700 du code de procédure civilearticle 696 du code de procédure civilearticle 696 du code de procédure civile.article 834 du code de procédure civile prévoit qarticle 700 du code de procédure civile.article 1231-5 du code civilarticle 514 du code de procédure civilearticle 835 du code de procédure civile
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Synthèse
- Juridiction
- Tribunal Judiciaire
- Chambre
- PCP JCP ACR référé
- Date
- 22 décembre 2023
Référence
65970611f74364d4a5c861b7
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