Cour d'Appel9ème Ch Sécurité Sociale
Cour d'Appel · 9ème Ch Sécurité Sociale — 3 avril 2024
- ECLI
- 660e431d0740db0008fa962d
- Date
- 3 avril 2024
Relations du travail et protection socialeRisques professionnelsA.T.M.P. : demande d'un employeur contestant une décision d'une caisse
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Texte intégral
9ème Ch Sécurité Sociale ARRÊT N° N° RG 21/06495 - N° Portalis DBVL-V-B7F-SDYH CPAM DU [Localité 4] C/ Société [3] Copie exécutoire délivrée le : à : Copie certifiée conforme délivrée le: à: RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS COUR D'APPEL DE RENNES ARRÊT DU 03 AVRIL 2024 COMPOSITION DE LA COUR LORS DU DÉLIBÉRÉ : Président : Madame Cécile MORILLON-DEMAY, Présidente de chambre Assesseur : Madame Véronique PUJES, Conseillère Assesseur : Madame Anne-Emmanuelle PRUAL, Conseillère GREFFIER : Mme Adeline TIREL lors des débats et lors du prononcé DÉBATS : A l'audience publique du 06 Février 2024 devant Madame Cécile MORILLON-DEMAY, magistrat chargé d'instruire l'affaire, tenant seul l'audience, sans opposition des représentants des parties et qui a rendu compte au délibéré collégial ARRÊT : Contradictoire, prononcé publiquement le 03 Avril 2024 par mise à disposition au greffe comme indiqué à l'issue des débats DÉCISION DÉFÉRÉE A LA COUR: Date de la décision attaquée : 07 Septembre 2021 Décision attaquée : Jugement Juridiction : Pole social du TJ de RENNES Références : 18/10587 **** APPELANTE : CAISSE PRIMAIRE D'ASSURANCE MALADIE DU [Localité 4] [Adresse 1] [Adresse 1] représentée par Mme [I] [T], en vertu d'un pouvoir spécial INTIMÉE : [3] [Adresse 2] [Adresse 2] représentée par Me Julie HAZART de la SELARL TESSARES AVOCATS, avocat au barreau de LYON substituée par Me Laurence ODIER, avocat au barreau de HAUTS-DE-SEINE EXPOSÉ DU LITIGE Le 20 décembre 2016, M. [Y] [E], salarié de la société [3] en tant que chargé de prestation maintenance, a complété un formulaire de déclaration d'une maladie professionnelle, en raison d'une : 'épicondylite'. Le certificat médical initial, établi le 2 décembre 2016 par le docteur [P], fait état d'une 'épicondylite gauche', avec prescription d'un arrêt de travail jusqu'au 31 décembre 2016. La caisse primaire d'assurance maladie du [Localité 4] (la caisse) a pris en charge la maladie au titre de la législation professionnelle. La date de consolidation a été fixée au 5 avril 2018. Le 25 avril 2018, la caisse a notifié à la société une décision attribuant à M. [E] un taux d'incapacité permanente partielle (IPP) évalué à 10 % à compter du 6 avril 2018. Contestant le taux retenu par la caisse, la société a saisi le tribunal du contentieux de l'incapacité de Rennes le 20 juin 2018. Par jugement du 7 septembre 2021, le pôle social du tribunal judiciaire de Rennes, désormais compétent, a : - infirmé la décision de la caisse en date du 25 avril 2018 fixant à 10 % le taux d'incapacité permanente de M. [E] ; - dit que le taux d'incapacité permanente de M. [E] doit être fixé à 4 % à compter du 6 avril 2018 (dont 0 % pour le taux professionnel) ; - dit n'y avoir lieu à statuer sur les dépens s'agissant d'un recours introduit avant le 31 décembre 2018. Par déclaration adressée par courrier recommandé avec avis de réception le 3 octobre 2021, la caisse a interjeté appel de ce jugement qui lui a été notifié le 18 septembre 2021. Par ses écritures parvenues au greffe le 13 octobre 2022, auxquelles s'est référée et qu'a développées sa représentante à l'audience, la caisse demande à la cour de : - infirmer le jugement rendu par le tribunal judiciaire de Rennes en date du 7 septembre 2021 ; - confirmer la juste évaluation du taux d'incapacité de 10 % attribué à M. [E] à compter du 6 avril 2018, des suites de sa maladie professionnelle du 3 novembre 2016 ; - à titre subsidiaire, ordonner, au besoin, la mise en oeuvre d'une nouvelle expertise médicale. Par ses écritures parvenues au greffe le 11 octobre 2022, auxquelles s'est référée et qu'a développées son conseil à l'audience, la société demande à la cour de : - confirmer le jugement rendu en première instance ; - débouter la caisse de toutes ses demandes, fins et conclusions ; - condamner la caisse aux entiers dépens de l'instance. Pour un plus ample exposé des moyens et prétentions des parties, la cour, conformément à l'article 455 du code de procédure civile, renvoie aux conclusions susvisées. MOTIFS DE LA DÉCISION Sur l'évaluation du taux d'incapacité permanente L'article L. 434-2, 1er alinéa du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige, dispose que le taux de l'incapacité permanente est déterminé d'après la nature de l'infirmité, l'état général, l'âge, les facultés physiques et mentales de la victime ainsi que d'après ses aptitudes et sa qualification professionnelle, compte tenu d'un barème indicatif d'invalidité. Comme l'a jugé la cour de cassation, il appartient au juge de se prononcer sur l'ensemble des éléments concourant à la fixation de celui-ci. (2e Civ., 11 juillet 2019, pourvoi n° 18-18.938). Selon l'article R. 434-32 du même code, au vu de tous les renseignements recueillis, la caisse primaire se prononce sur l'existence d'une incapacité permanente et, le cas échéant, sur le taux de celle-ci et sur le montant de la rente due à la victime ou à ses ayants droit. Les barèmes indicatifs d'invalidité dont il est tenu compte pour la détermination du taux d'incapacité permanente d'une part en matière d'accidents du travail et d'autre part en matière de maladies professionnelles sont annexés au présent livre. Lorsque ce dernier barème ne comporte pas de référence à la lésion considérée, il est fait application du barème indicatif d'invalidité en matière d'accidents du travail. L'annexe I applicable aux accidents du travail est issue du décret n°2006-111 du 2 février 2006. L'annexe II applicable aux maladies professionnelles est en vigueur depuis le 30 avril 1999. En son chapitre préliminaire, au titre des principes généraux, il est rappelé à l'annexe I que ce barème répond à la volonté du législateur et qu'il ne peut avoir qu'un caractère indicatif. Les taux d'incapacité proposés sont des taux moyens, et le médecin chargé de l'évaluation garde, lorsqu'il se trouve devant un cas dont le caractère lui paraît particulier, l'entière liberté de s'écarter des chiffres du barème; il doit alors exposer clairement les raisons qui l'y ont conduit. Le barème indicatif a pour but de fournir les bases d'estimation du préjudice consécutif aux séquelles des accidents du travail et, éventuellement, des maladies professionnelles dans le cadre de l'article L. 434-2 applicable aux salariés du régime général et du régime agricole. Il ne saurait se référer en aucune manière aux règles d'évaluation suivies par les tribunaux dans l'appréciation des dommages au titre du droit commun. Les quatre premiers éléments de l'appréciation concernent donc l'état du sujet considéré, du strict point de vue médical. Le dernier élément concernant les aptitudes et la qualification professionnelle est un élément médico-social ; il appartient au médecin chargé de l'évaluation, lorsque les séquelles de l'accident ou de la maladie professionnelle lui paraissent devoir entraîner une modification dans la situation professionnelle de l'intéressé, ou un changement d'emploi, de bien mettre en relief ce point susceptible d'influer sur l'estimation globale. Les éléments dont le médecin doit tenir compte, avant de proposer le taux médical d'incapacité permanente, sont donc : 1° La nature de l'infirmité. Cet élément doit être considéré comme la donnée de base d'où l'on partira, en y apportant les correctifs, en plus ou en moins, résultant des autres éléments. Cette première donnée représente l'atteinte physique ou mentale de la victime, la diminution de validité qui résulte de la perte ou de l'altération des organes ou des fonctions du corps humain. Le présent barème doit servir à cette évaluation. 2° L'état général. Il s'agit là d'une notion classique qui fait entrer en jeu un certain nombre de facteurs permettant d'estimer l'état de santé du sujet. Il appartient au médecin chargé de l'évaluation d'adapter en fonction de l'état général, le taux résultant de la nature de l'infirmité. Dans ce cas, il en exprimera clairement les raisons. L'estimation de l'état général n'inclut pas les infirmités antérieures - qu'elles résultent d'accident ou de maladie - ; il en sera tenu compte lors de la fixation du taux médical. 3° L'âge. Cet élément, qui souvent peut rejoindre le précédent, doit être pris en considération sans se référer exclusivement à l'indication tirée de l'état civil, mais en fonction de l'âge organique de l'intéressé. Il convient ici de distinguer les conséquences de l'involution physiologique, de celles résultant d'un état pathologique individualisé. Ces dernières conséquences relèvent de l'état antérieur et doivent être estimées dans le cadre de celui-ci. On peut ainsi être amené à majorer le taux théorique affecté à l'infirmité, en raison des obstacles que les conséquences de l'âge apportent à la réadaptation et au reclassement professionnel. 4° Facultés physiques et mentales. Il devra être tenu compte des possibilités de l'individu et de l'incidence que peuvent avoir sur elles les séquelles constatées. Les chiffres proposés l'étant pour un sujet normal, il y a lieu de majorer le taux moyen du barème, si l'état physique ou mental de l'intéressé paraît devoir être affecté plus fortement par les séquelles que celui d'un individu normal. 5° Aptitudes et qualification professionnelles. La notion de qualification professionnelle se rapporte aux possibilités d'exercice d'une profession déterminée. Quant aux aptitudes, il s'agit là des facultés que peut avoir une victime d'accident du travail ou de maladie professionnelle de se reclasser ou de réapprendre un métier compatible avec son état de santé. Lorsqu'un accident du travail ou une maladie professionnelle paraît avoir des répercussions particulières sur la pratique du métier, et, à plus forte raison, lorsque l'assuré ne paraît pas en mesure de reprendre son activité professionnelle antérieure, le médecin conseil peut demander, en accord avec l'intéressé, des renseignements complémentaires au médecin du travail. La possibilité pour l'assuré de continuer à occuper son poste de travail - au besoin en se réadaptant - ou au contraire, l'obligation d'un changement d'emploi ou de profession et les facultés que peut avoir la victime de se reclasser ou de réapprendre un métier, devront être précisées en particulier du fait de dispositions de la réglementation, comme celles concernant l'aptitude médicale aux divers permis de conduire. Le barème indicatif d'invalidité (maladies professionnelles) prévoit dans son chapitre 8 au titre des affections rhumatismales dans son paragraphe 8.3.5 que l'épicondylite récidivante justifie un taux de 5 à 10 %. Le médecin conseil de la caisse pour fixer le taux d'IPP à 10 % avait retenu des 'douleurs chroniques du coude gauche avec amyotrophie relative du membre supérieur gauche responsable d'une gêne fonctionnelle moyenne.' Dans un rapport du 17 août 2020, le docteur [S], médecin de recours de la société a conclu de la manière suivante : '- II s'agit d'une épicondylite latérale gauche non dominante. - Il n'existe aucune raideur du coude gauche selon le médecin conseil. - II ne peut pas exister de douleur à la supination contrariée en l'absence d'épicondylite médiale. - Il existe peut-être une amyotrophie mais celle-ci doit être très pondérée puisqu'il s'agit d'un membre non dominant et qu'il existe une polypathologie intercurrente dont un syndrome du canal carpien bilatéral selon le CMI du docteur [R] du 6 janvier 2010. - Le barème en vigueur (chapitre 1 1 2) propose un taux de 5% pour des douleurs de tendinite. Le licenciement est dû à une polypathologie intercurrente.' Il propose donc de baisser de 10 à 5 %, toutes causes confondues, le taux d'incapacité permanente partielle attribué à la date du 5 avril 2018 à M. [E]. Le docteur [U], médecin expert commis par le tribunal en première instance a rappelé dans son rapport écrit du 22 juin 2021 que M. [E] a déclaré une maladie professionnelle pour une 'tendinopathie des muscles épicondyliens au coude gauche non dominant', qu'il a été traité par AINS, infiltration et toxine botulique et que lors de l'examen il a été constaté une nette argotrophie des muscles, une absence de raideur du coude et des algies alléguées à la pression de l'épicondyle et lors des mouvements de pronosupination contre résistance. Il en conclut que 'il semble que la goniométrie du coude gauche soit normale, que objectivement on ne retiendra qu'une amyotrophie et subjectivement des algies' et que ce tableau médical justifie de ramener le taux à 4 %. Dans son rapport, le docteur [S] évoque la possibilité d'une maladie intercurrente susceptible d'avoir participé à l'amyotrophie des muscles du bras gauche. Il évoque à l'appui de son affirmation un certificat médical du 6 janvier 2010 qui fait mention d'un canal métacarpien bilatéral et un licenciement pour une polypathologie. La caisse ne répond pas sur l'existence d'une pathologie intercurrente ni sur l'absence de raideur du coude. Au regard de ces éléments, le docteur [S] ayant proposé un taux de 5 %, soit la partie basse de la fourchette proposée par le barème indicatif, et en l'absence d'autres éléments médicaux de nature à justifier de passer en-deçà de cette valeur minimale, il convient d'infirmer le jugement rendu et de fixer le taux d'IPP opposable à la société à 5 %. Il résulte de la combinaison des articles 10, 143 et 146 du code de procédure civile que les juges du fond apprécient souverainement l'opportunité d'ordonner les mesures d'instruction demandées. Le recours à une mesure d'expertise médicale ne relève pour le juge que d'une simple faculté, sans qu'il soit pour autant porté atteinte au droit à un procès équitable ou que soit rompue l'égalité des armes entre les parties. La caisse ne fournit aucun élément médical pertinent de nature à contredire les constatations médicales déjà présentes au dossier, si bien qu'elle sera déboutée de sa demande d'expertise. Sur les frais irrépétibles et les dépens S'agissant des dépens, l'article R.144-10 du code de la sécurité sociale disposant que la procédure est gratuite et sans frais en matière de sécurité sociale est abrogé depuis le 1er janvier 2019. Il s'ensuit que l'article R.144-10 précité reste applicable aux procédures en cours jusqu'à la date du 31 décembre 2018 et qu'à partir du 1er janvier 2019 s'appliquent les dispositions des articles 695 et 696 du code de procédure civile relatives à la charge des dépens. En conséquence, les dépens de la présente procédure exposés postérieurement au 31 décembre 2018 seront laissés à la charge de la caisse qui succombe principalement à l'instance. PAR CES MOTIFS : La COUR, statuant publiquement par arrêt contradictoire mis à disposition au greffe, Infirme le jugement dans toutes ses dispositions, Statuant à nouveau, Fixe le taux d'incapacité permanente partielle de M. [E] opposable à la société à 5 % ; Condamne la caisse primaire d'assurance maladie du [Localité 4] aux dépens, pour ceux exposés postérieurement au 31 décembre 2018. LE GREFFIER LE PRÉSIDENT
Articles de loi cités
article 455 du code de procédure civile
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Citations
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Synthèse
- Juridiction
- Cour d'Appel
- Chambre
- 9ème Ch Sécurité Sociale
- Date
- 3 avril 2024
- Matière
- Relations du travail et protection sociale
Référence
660e431d0740db0008fa962d
Données disponibles
- Texte intégral
- Résumé officiel