Cour d'AppelPôle 5 - Chambre 11
Cour d'Appel · Pôle 5 - Chambre 11 — 17 janvier 2025
- ECLI
- 678b43bdc6ad78dd9cf0d53c
- Date
- 17 janvier 2025
- Condamnation
- 80 000 €
ContratsContrats diversDemande en paiement relative à un autre contrat
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Texte intégral
RÉPUBLIQUE FRAN'AISE
AU NOM DU PEUPLE FRAN'AIS
COUR D'APPEL DE PARIS
Pôle 5 - Chambre 11
ARRÊT DU 17 JANVIER 2025
(n° , 9 pages)
Numéro d'inscription au répertoire général : N° RG 21/19842 - N° Portalis 35L7-V-B7F-CEVJM
Décision déférée à la Cour : Jugement du 09 Novembre 2021-Tribunal de Commerce de Paris- RG n° 2020007832
APPELANTE
Société PININFARINA SPA
Société anonyme de droit italien
[Adresse 13]
[Localité 12] (ITALIE) ITALIE
immatriculée au RCS de TURIN sous le numéro 00 489 110 015
Représentée par Me Audrey SCHWAB de la SELARL SELARL 2H Avocats à la cour, avocat au barreau de PARIS, toque : L0056
Assistée de Me Emmanuel GRIMALDI, avocat au barreau de PARIS
INTIMÉE
Société GREENGT
prise en la personne de ses représentants légaux
[Adresse 2]
[Localité 1]
immatriculée au registre du commerce du CANTON de VAUD sous le numéro CHE-114.373.270
Représentée par Me Matthieu BOCCON GIBOD de la SELARL LX PARIS- VERSAILLES- REIMS, avocat au barreau de PARIS, toque : C2477
Assistée de Me Michel JOCKEY, avocat au barreau de PARIS
COMPOSITION DE LA COUR :
L'affaire a été débattue le 07 Novembre 2024, en audience publique, devant la Cour composée de :
M. Denis ARDISSON, Président de chambre
Mme Marie-Sophie L'ELEU DE LA SIMONE, conseillère,
Madame CAROLINE GUILLEMAIN, conseillère,
Qui en ont délibéré, un rapport a été présenté à l'audience par Denis ARDISSON dans les conditions prévues par l'article 804 du code de procédure civile.
Greffier, lors des débats : M.Damien GOVINDARETTY
ARRÊT :
- contradictoire
- par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la Cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile.
- signé par Denis ARDISSON, Président de chambre et par Damien GOVINDARETTY, Greffier, présent lors de la mise à disposition.
La société de droit suisse GreenGT, spécialisée dans la recherche et le développement de nouvelles technologies dans l'industrie automobile et notamment sur les systèmes de propulsion électrique-hydrogène, a créé en 2012 un 'hypercar' (véhicule de compétition de type sport-prototypes caractérisées par l'exception de leur puissance et leurs performances) motorisé à l'hydrogène le 'GreenGT H2'.
La société de droit italien Pininfarina SPA ('société Pininfarina') fondée en 1930, est quant à elle spécialisée dans le design en carrosserie automobile pour des véhicules d'exception, et est passée s en décembre 2015 sous le contrôle majoritaire de la société indienne TechMahindra du groupe Mahindra & Mahindra.
Les deux sociétés se sont rapprochées en 2015 pour développer un nouveau concept d'hypercar et le 13 novembre 2015, elles ont conclu un accord pour la conception d'une maquette grandeur nature d'un véhicule baptisé 'H2 Speed' pour une présentation au salon international de l'automobile de Genève 2016, la société Pininfarina étant chargée du design du prototype à partir du prototype GreenGT H2. Présentée au salon de Genève en mars 2016, cette maquette a obtenu le 'Best Concept Award' réservé au plus beau concept car du Salon de Genève.
Les 20 et 22 septembre 2016 les deux sociétés ont signé un protocole d'accord ('memorandum of understanding') fixant les termes de leur collaboration pour la poursuite du développement de l'hypercar H2 Speed, puis le 31 janvier 2018, elles ont conclu un contrat ('agreement'), prévoyant, sous la stipulation d'une clause d'exclusivité, les phases de développement de l'hypercar, avec en phase 2 la création d'un prototype pour une présentation au salon de Genève 2018, une étude d'opportunité pour une phase de production et de commercialisation et la préparation d'un plan d'affaire puis une phase 3 pour la production d'une série limitée de douze exemplaire de l'hypercar H2 Speed et leur commercialisation, le contrat stipulant que si aucun accord relatif à la phase 3 n'était signé entre les parties avant le 30 septembre 2018, chaque partie pourrait mettre fin au contrat sous réserve d'un préavis de 30 jours et précisant, par ailleurs, la répartition des droits de propriété sur leur modèle à raison de 85 % pour la société GreenGT et 15 % pour la société Pininfarina.
Un prototype roulant fonctionnel de l'hypercar H2 Speed a été présenté au salon de Genève du 8 au 18 mars 2018.
Le 13 avril 2018 le groupe Mahindra a annoncé par communiqué de presse la création d'une société s'ur de Pininfarina SPA, la société Automibili Pininfarina, 'la plus récente marque de voitures de luxe durables au monde' basée en Europe, et dont la mission est la conception et la fabrication de véhicules électriques de luxe de haute technologie.
Le 17 décembre 2018, la société Pininfarina a proposé à la société GreenGT un nouveau plan d'affaires assorti d'une proposition de réduction de la production de l'hypercar H2 Speed à six unités, ce que la société GreenGT a refusé , puis par courriel du 11 février 2019, confirmé par lettre recommandé du 12 juin 2019, la société Pininfarina a dénoncé la résiliation du contrat.
La société Pininfarina a ultérieurement présenté au salon de Genève le 15 mars 2019 un hypercar électrique Pininfarina 'Battista' puis en avril 2019, elle a présenté au salon de [Localité 11] un véhicule électrique-hydrogène conçu avec la société chinoise Grove Hydrogen Automotive.
* *
Reprochant à la société Pininfarina ses manquements à l'exécution de bonne foi de leur contrat ainsi que dans sa résiliation, la société GreenGT l'a assignée le 30 décembre 2019 en responsabilité et en condamnation lui payer les dommages et intérêts de 3.332.000 euros en réparation de son préjudice économique, 2.880.000 euros en réparation de sa perte de chance de réaliser des bénéfices sur la vente des douze exemplaires de l'hypercar H2 Speed et 100.000 euros en réparation de son préjudice d'image.
Par jugement du 9 novembre 2021, le tribunal de commerce de Paris a condamné la société Pininfarina à payer à la société GreenGT la somme de 2.532.800 euros à titre de dommages et intérêts pour la perte de l'investissement et la perte de chance de gains, débouté la société GreenGT pour le surplus de ses demandes, jugé qu'il n'y a pas lieu à remettre en cause le droit de propriété de la société Pininfarina à hauteur de 15 % du prototype de l'hypercar H2 Speed, condamné la société Pininfarina à payer à la société GreenGT la somme de 20.000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile ainsi qu'aux dépens.
PROCÉDURE ET PRÉTENTIONS DES PARTIES EN APPEL :
Vu la déclaration d'appel du jugement de la société Pininfarina SPA enregistrée le 16 novembre 2021 ;
Vu les conclusions remises par le réseau privé virtuel des avocats le 26 juillet 20233 pour la société Pininfarina SPA aux fins d'entendre, en application des articles 1103, 1104 et 1231-2 du code civil :
- infirmer le jugement en toutes ses dispositions sauf en ce qu'il a débouté la société GreenGT pour le surplus de ses demandes et pour sa demande relative à un préjudice d'image, jugé qu'il n'y a pas lieu de remettre en cause le droit de propriété de la société Pininfarina à hauteur de 15 % du prototype fabriqué de l'hypercar H2 Speed,
- ordonner à la société GreenGT de mettre le prototype fabriqué de l'hypercar H2 Speed à disposition de la société Pininfarina,
- débouter la société GreenGT de l'ensemble de ses demandes,
- condamner la société GreenGT à payer la somme de 30.000 euros sur le fondement de l'article 700 du code de procédure civile,
- condamner la société GreenGT aux entiers dépens dont le recouvrement sera poursuivi par la société 2H Avocats en la personne de Me Hardouin, en application des dispositions de l'articles 699 du code de procédure civile ;
Vu les conclusions remises par le réseau privé virtuel des avocats le 20 juin 2023 pour la société GreenGT aux fins d'entendre, en application des articles 1103, 1104, 1231-1 et 1231-2 du xode civil et 514 du code de procédure civile :
- confirmer le jugement en toutes ses dispositions sauf en ce qu'il a jugé que la société Pininfarina n'avait pas violé l'obligation d'exclusivité prévue par l'agreement 2018, jugé que le préjudice économique subi par la société GreenGT était la conséquence du préjudice tenant à la perte de chance de commercialiser des l'hypercar H2 Speed, limité le quantum des dommages-intérêts dus au titre de la perte de l'investissement et de la perte de chance de gains à la somme de 2.532.800 euros, débouté la société GreenGT pour le surplus de ses demandes, jugé qu'il n'y avait pas lieu de remettre en cause le droit de propriété de Pininfarina à hauteur de 15 % du prototype fabriqué de l'hypercar H2 Speed,
- infirmer le jugement du 9 novembre 2021 des chefs précités,
- condamner la société Pininfarina à verser les sommes de :
3.332.000 euros en réparation de son préjudice économique,
2.880.000,00 euros en réparation de sa perte de chance de réaliser des bénéfices sur la vente des 12 exemplaires commerciaux de la H2 Speed,
100.000 euros en réparation de son préjudice d'image,
- juger que la société Pininfarina ne dispose d'aucun droit de propriété quelconque sur le prototype fabriqué de l'hypercar H2 Speed,
- juger la société GreenGT SA recevable et bien fondée en son appel incident,
- juger la société GreenGT recevable et bien fondée en l'intégralité de ses demandes, fins et prétentions,
- débouter la société Pininfarina de l'intégralité de ses demandes,
- débouter la société Pininfarina de sa demande tendant à ce qu'il soit ordonné à la société GreenGT SA de mettre à sa disposition le prototype fabriqué de la H2 Speed,
- condamner la société Pininfarina à payer en cause d'appel la somme complémentaire de 20.000 euros au titre de l'article 700 du code de procédure civile, ainsi qu'aux entiers dépens dont distraction au profit de la société Altana, agissant par Me [F] [C], ou la société Lexavoué, prise en la personne de Me [U] [H], pour ceux dont ils auraient fait l'avance sans avoir reçu provision.
SUR CE, LA COUR,
1. Sur la bonne foi dans l'exécution et la résiliation du contrat
Il est rappelé en liminaire des dispositions du code civil selon lesquelles à l'article 1103 'Les contrats légalement formés tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faits' et à l'article 1104 du code civil 'Les contrats doivent être négociés, formés et exécutés de bonne foi. Cette disposition est d'ordre public.'
Pour conclure à l'infirmation du jugement en ce qu'il a retenu ses manquements dans l'exécution et la résiliation de bonne foi du contrat, la société Pininfarina conteste, en premier lieu, l'inaction dans la promotion de l'hypercar H2 Speed, alors que la promotion d'un véhicule au prix de trois millions d'euros, dont la société Pininfarina ignorait tout de la technologie particulière de sa motorisation ainsi que M. [Z] [N] l'a rappelé dans un courriel du 28 septembre 2018, justifiait l'implication partagée de la société GreenGT et pour laquelle elle a été défaillante.
En deuxième lieu, la société Pininfarina relève qu'elle a respecté son engagement de redessiner le prototype fonctionnel de la H2 Speed et se prévaut des nombreuses démarches qu'elle a entreprises pour la promotion et la commercialisation de l'hypercar et qu'elle soutient avoir réalisé pour la présentation de l'hypercar H2 Speed au Salon International de l'Automobile de [Localité 5] du 8 au 18 mars 2018, dont la presse s'est fait largement l'écho. Encore par la promotion de l'hypercar à l'occasion de l'Internationale Funkausstellung dédiée aux innovations technologiques qui s'est tenue à [Localité 3] du 31 août au 5 septembre 2018, lors de l'événement Charade Heroes à [Localité 4] qui s'est tenu les 22 et 23 septembre 2018, encore à l'occasion du Hong Kong Motor Show qui s'est tenu le 29 janvier 2019 et enfin, lors de la réunion des cent un dirigeants de toutes les sociétés du groupe Mahindra & Mahindra au siège de Pininfarina à Cambiano, du 3 au 7 décembre 2018.
La société Pininfarina ajoute en cause d'appel qu'elle avait organisé, avec l'accord de la société GreenGT, l'événement 'Les Grandes Heures de l'Automobile' sur le circuit de [Localité 7] à l'occasion du Mondial de l'Automobile 2018 auquel étaient conviés les clients ainsi que la presse mais dont la prestation n'a pas abouti faute pour la société GreenGT de mettre à disposition de Pininfarina un véhicule comme cela été le cas pour le programme télévisé prévu avec la société de production Quadrio SRL ainsi que de même pour la présentation de ce véhicule lors de divers événements organisés aux Emirats Arabes Unis.
Enfin, la société Pininfarina se prévaut d'un entretien qu'elle a engagé courant 2018 sur un projet de contrat pour la promotion de l'hypercar H2 Speed devant être confié à M. [G] [D] et dont le décès a empêché la concrétisation.
Elle affirme enfin que face à un retour négatif de la part des nombreux concessionnaires et agents commerciaux contactés par Pininfarina, celle-ci a, conformément à ses engagements contractuels et plus particulièrement l'article 1.1, 'recherch[é] la solution représentant la combinaison optimale de qualité, coût et temps d'achèvement.'
La société Pininfarina conteste en troisième lieu les premiers juges, en ce qu'ils ont retenu à son détriment une stratégie de désengagement du groupe Mahindra dans la promotion de l'hypercar H2 Speed, alors d'une part que la holding Mahindra & Mahindra détient plus de 150 sociétés dans plus de 100 pays différents de sorte qu'aucune stratégie globale du groupe ne saurait interdire à la société Pinifinfarina, autonome, de promouvoir l'hypercar H2 Speed. Elle relève en outre que si la fabrication d'un véhicule électrique par Automobili Pininfarina le 13 avril 2018 avait réellement eu un impact sur la stratégie de la société Pininfarina, elle n'aurait pas, deux mois et demi plus tôt, conclu un partenariat avec la société GreenGT, ce qui irait à l'encontre de ses propres intérêts. Enfin, la société Pinifarina se prévaut de ce qu'elle a par ailleurs développé au cours des dix dernières années de nombreux concepts de véhicules électriques tels que Sintesi, Blue Car, Nido EV, Cambiano, H2 Speed et H600 pour répondre aux besoins futurs en matière de mobilité combinant innovation technologique avancée et goût italien de la marque pour le design.
En quatrième lieu, la société Pininfarina conclut avoir régulièrement résilié le contrat et que sa responsabilité ne peut non être engagée de ce chef, alors que celui-ci stipulait, d'une part à son article 1.3, que la phase n°2 avait pour finalité pour les parties qu'elles acquièrent 'une meilleure compréhension du potentiel de la voiture à la suite du programme d'essai, de son coût final et des indications du marché quant à la demande potentielle pour les véhicules commercialisés', et d'autre part à l'article 1.1 (k), que à l'issue de cette phase n°2, les parties '[prendront] une décision définitive quant à la commercialisation d'une série limitée à 12 véhicules H2 Speed' tandis qu'enfin à l'article 2.1, il est prévu que 'si le 30 septembre 2018 aucun contrat pour la réalisation des véhicules commerciaux n'a été signé entre les parties, alors chaque partie pourra résilier le Contrat avec un préavis de 30 jours'.
Elle reproche par ailleurs à la société GreenGT d'avoir refusé de négocier de bonne foi les modalités de commercialisation de l'hypercar H2 Speed au seul motif que le prix de revient unitaire de chaque exemplaire de l'hypercar H2 Speed serait plus élevé si seulement six véhicules étaient fabriqués plutôt que douze, les premiers juges ayant d'ailleurs relevé que la commercialisation de douze véhicules au prix unitaire évalué à 2.580.000 euros 'n'était toutefois que préparatoire et devait être renégocié entre les parties afin que celles-ci puissent arrêter un plan d'affaires définitif pour la commercialisation en phase 3 de ces 12 véhicules déclinés du prototype H2 Speed'.
La société Pininfarina en déduit que le seul désaccord entre les parties sur la stratégie économique du projet de développement et de commercialisation de ce véhicule ne peut suffire à justifier la responsabilité contractuelle de Pininfarina.
Toutefois, et en premier lieu, la notoriété internationale que la marque Pininfarina entretient historiquement depuis les compétitions automobiles les plus prestigieuses auxquelles elle participe et auprès, d'autre part, de la clientèle fortunée éligible à l'acquisition de véhicules d'exception comme les hypercar, faisait reposer sur la société Pininfarina l'essentiel des prestations pour sa promotion et sa commercialisation, alors que la société GreenGT et son activité de recherche sont pour leur part confidentielles de cette clientèle.
En deuxième lieu, ainsi que l'ont dûment relevé les premiers juges, à l'exception de la présentation du concept H2 Speed au salon de Genève en mars 2018, la société Pininfarina n'a entrepris aucune action de promotion tangible de l'hypercar H2 Speed, tandis qu'elle a décliné en juin 2018 un rendez-vous que la société GreenGT avait organisé avec les deux présidents des sociétés [Localité 6] Luxury Group et Groupe Segond spécialisées dans les ventes des véhicules de luxe et d'exception, quand l'hypercar Pininfarina Battista fait lui l'objet de présentation dans la revue de [Localité 6] Luxury Group ; que l'événement Charles Heroes à [Localité 4] en septembre 2018 a été organisé à l'initiative en mars 2018 de la société Michelin et sollicité la société GreenGT ; que s'agissant de la promotion du modèle par la chaîne Quadrio SRL, il se déduit que c'est cette dernière qui en a pris l'initiative tandis que c'est la société Pinifarnia n'a pas abouti les moyens pour cette programmation ; qu'en l'état des pièces relatives à l'exhibition du modèle projetée Emirats Arabes-Unis, elles donnent à comprendre que c'est la société Pinifarina qui est à l'initiative du désistement et non la société GreenGT ; que de même aucune pièce n'établit la preuve de la présentatin du modèle H2 Speed en août 2018 au concours de [Localité 10], ou pour le salon de l'automobile de [Localité 11] ni non plus lors du Movin On de [Localité 8], au salon mondial de l'automobile de [Localité 9] ou encore aux 24h du Mans ; qu'enfin, la société Pininfarina ne documente pas la rencontre à Cambiano qui n'avait à l'évidence pas l'objet d'atteindre la clientèle susceptible d'acquérir le modèle et s'est en toute hypothèse tenue du 3 au 7 décembre 2019 après la résiliation du contrat à l'instar de la présentation à la presse conviée au Hong Kong Moto show le 29 janvier 2019.
En troisième lieu comme l'ont aussi dûment relevé les premiers juges, la société Pininfarina n'a jamais donné suite aux nombreuses relances de la société GreenGT pour adapter un plan de commercialisation.
Ainsi, et sans qu'il soit nécessaire de discuter du surplus des moyens relatifs à la liberté de la société Pininfarina de développer d'autres modèles d'hypercar à motorisation électrique, il se déduit la preuve qu'elle a manqué à son obligation de promouvoir et de commercialiser le modèle hypercar H2 Speed dont l'originalité et le marqueur reposaient sur l'énergie de l'hydrogène et a, in fine, résilié de mauvaise foi le contrat de sorte que le jugement sera confirmé en ce qu'il a retenu sa faute de ces deux chefs.
2. Sur la violation de la clause d'exclusivité
L'article 2.3 du contrat stipule que 'l'activité susmentionnée est réalisée sur une base exclusive, sauf accord préalable de l'autre partie'.
Pour conclure à l'infirmation du jugement en ce qu'il n'a pas retenu la violation de la clause d'exclusivité par la société Pininfarina, la société GreenGT soutient qu'en vertu de leur accord, les deux parties étaient tenues par la réalisation et la commercialisation d'une voiture d'exception propulsée par une technologie d'avant-garde à partir d'une série issue du prototype de l'hypercar H2 Speed, et prétend déduire la preuve que cette exclusivité a été violée par la création, en avril 2018 au sein du groupe Mahindra & Mahindra par la société Automobili Pininfarina, de son modèle d'hypercar 'Battista' présenté au Salon international de l'automobile de Genève 2019 avec l'objectif déclaré dans la presse selon lequel : 'Le carrossier veut devenir une marque à part entière, spécialisée dans l'électrique. Mais son premier modèle, dévoilé au prochain Salon de Genève, ne vise pas du tout la grande série : il sera limité à 150 exemplaires, livrés d'ici la fin 2020, avec un prix compris entre 2 et 2,5 millions de dollars'.
Ceci, alors d'une part, qu'au-delà des apparences des design des hypercar H2 Speed et Battista, tout visiteur identifie ces deux véhicules d'exception dont la technologie écologique est la même, propulsée par une pile électrique, et qui sont tous les deux destinés à une clientèle limitée, commercialisés au même prix, et d'autre part ainsi que de l'aveu même de la société Pininfarina, la production de son modèle Battista s'inscrit dans la stratégie du groupe établie depuis de nombreuses années consistant à développer des voitures de luxe électriques.
Au demeurant ainsi que l'ont retenu les premiers juges et que le conclut la société Pininfarina, la clause d'exclusivité doit être interprétée strictement d'après l'objet du contrat et défini, d'une part, à l'article 1 de l'accord conclu le 13 novembre 2015 prévoyant que :
'Durant la mise en 'uvre du Programme, les Parties s'engagent à travailler conjointement sur un plan d'affaires afin d'étudier la possibilité de fabriquer une série limitée de véhicules basés sur la Véhicule Concept, d'exploiter le savoir-faire des Parties ainsi que la visibilité découlant du Véhicule Concept.'
D'autre part, au contrat de 2018 par lequel les parties ont projeté la conception d'une maquette fonctionnelle puis la production d'une série de douze véhicules à hydrogène directement issus de l'hypercar H2 Speed présenté à Genève en 2016 destinés à être utilisés sur un circuit fermé.
Alors au surplus que la technologie du moteur électrique de l'hypercar H2 Speed est alimenté à l'hydrogène, ce qui constituait le coeur du partenariat de la société GreenGT et le signe et la qualité particulièrement distinctifs de ce véhicule, la clause d'exclusivité n'avait pas pour objet et ne pouvait avoir pour effet d'interdire la société Pininfarina ou l'une des filiales du groupe Mahindra & Mahindra de desssiner et concevoir d'autres véhicules d'exception reposant sur une technologie propre sans porter atteinte à la liberté de commerce et d'industrie
Le jugement sera par conséquent confirmé de ce chef.
3. Sur les demandes de réparation des préjudices
Il est rappelé en matière de réparation des dommages résultant de la responsabilité contractuelle les principes issus, d'une part de l'article 1231-1 du code civil disposant que
Le débiteur est condamné, s'il y a lieu, au paiement de dommages et intérêts soit à raison de l'inexécution de l'obligation, soit à raison du retard dans l'exécution, s'il ne justifie pas que l'exécution a été empêchée par la force majeure.
Et d'autre part, de l'article 1231-2 du code civil selon lequel
Les dommages et intérêts dus au créancier sont, en général, de la perte qu'il a faite et du gain dont il a été privé, sauf les exceptions et modifications ci-après.
- tirés de la perte économique
Il est stipulé à l'article 1.2.1.2 (iv) du contrat que :
'Afin d'éviter tout doute, les Parties reconnaissent que l'estimation des coûts mentionnée ci-dessus, respectivement de 576.300 € et 3.265.700 €, n'est qu'indicative et que la somme équivalente à 15 % ou 85 % des coûts du Véhicule Prototype peut différer en fonction des coûts réels engagées par les Parties pour la réalisation du Véhicule Prototype.'
Les premiers juges ont, sans motif écarté, ce chef de demande, alors qu'il est constant qu'il s'agit de dépenses employées en pure perte directement entraînées par les fautes de la société Pininfarina retenues ci-desssus, et que la société GreenGT supporte indépendamment de sa demande de perte de chance de vendre les véhicules, de sorte que le jugement sera infirmé de ce chef et la société Pininfarina condamnée à payer cette somme.
La société Pininfarina ne conteste par ailleurs pas pertinnement le détail des coûts exposés par la société GreenGT pour le développement du modèle abouti de l'hypercar H2 Speed pour la somme totale de 3.332.000 d'euros ('Rolling chassis 2.736.000 €, Body parts development & CFD 294.000 €, Body parts tooling 230.000 €, et Body parts realization & assembly 72.000 €').
La cour infirmera le jugement de ce chef et fera droit à la demande.
- tirés de la perte de chance de commercialiser les véhicules
Pour voir infirmer le jugement en ce qu'il a retenu le principe de l'indemnisation de la perte de chance de commercialiser l'hypercar H2 Speed, la société Pininfarina rappelle qu'une perte de chance répare la disparition actuelle et certaine d'une éventualité favorable et conclut à nouveau que ni elle, ni la société GreenGT, n'ont été en mesure d'identifier le moindre acquéreur potentiel durant la deuxième phase du projet, de sorte que même si le contrat n'avait pas été résilié, l'espérance de gain était nulle; concluant enfin que la simple distinction du prototype au Salon de Genève n'était pas de nature à garantir le succès de la commercialisation d'un véhicule.
Au demeurant, en raison, d'une part, de la faute avec laquelle la société Pininfarina a irrémédiablement interdit la commercialisation du modèle hypercar H2 Speed, d'autre part, de la notoriété de la marque de la société Pininfarina et de sa connaissance du marché des véhicules hypercar, comme cela est déjà relevé ci-dessus, et enfin, de la durée du partenariat et de la précision avec laquelle les parties se sont finalement accordées sur le volume de véhicules commercialisables, leur prix et le bénéfice tels qu'elles les ont projetés à l'annexe 3 de leur contrat, il se déduit la preuve de la disparition actuelle et certaine de l'éventualité favorable de réaliser les ventes des douze véhicules, de sorte que par ces motifs, la cour estimera à 80 % la perte de chance manquée sur les ventes revendiquée par la société GreenGT et tandis que la société Pininfarina établit vendre des hypecar au prix comparables, sur ce marché, à celui convenu pour le modèles hypercar H2 Speed, la cour rapportera cette perte de chance à la marge de 300.000 euros visée à l'annexe 3 précitée.
Le jugement sera infirmé sur le montant de ce chef de préjudice et la société Pininfarina sera condamnée à payer la somme de 2.880.000 euros de dommages et intérêts.
- tirés de l'atteinte à l'image
La société Pininfarina entend voir confirmer le jugement en ce qu'il a rejeté la demande de la société GreenGT au paiement de la somme de 100.000 euros de dommages et intérêts au titre du préjudice d'image dont elle soutient que le montant forfaitaire n'est pas justifié ni même le fondement tiré des articles de presse louant les qualités du projet H2 Speed entre 2016 et 2018.
Toutefois, il est incontestable que les investissements de la société GreenGT ont été publiquement consacrés auprès du public et tandis que l'absence de tout relai dans la promotion de l'image de cette société qu'aurait permis la commercialisation des véhicules a nécessairement entraîné, sinon une image déceptive, une perte totale d'image sur sa compétence attachée à ses développements et son industrie, la cour infirmera le jugement et fixera à 10.000 euros le montant des dommages et intérêts propres à réparer ce préjudice.
4. Sur les droits de propriété sur l'hypercar
Aux termes de l'article 1.2.1.2 (i) du contrat, il est stipulé que 'Si aucun véhicule commercial n'est produit après le Salon de l'Automobile de Genève 2018, [Pininfarina] et [GreenGT] seront copropriétaires du prototype fabriqué dans les proportions suivantes : 15% et 85%.'
La société GreenGT conteste le jugement en ce qu'il a reconnu le droit de propriété de la société Pininfarina sur le véhicule hypercar H2 Speed à proportion de 15 % en se prévalant de ses fautes dans l'exécution et la résiliation du contrat qui ont été reconnues.
Néanmoins, le principe de cette responsabilité n'est pas de nature à remettre en cause le droit de propriété, de sorte que le jugement sera confirmé de ce chef.
En cause d'appel, la société Pininfarina demande qu'il soit ordonné à la société GreenGT de lui remettre le prototype de l'hypercar H2 Speed. La cour y fera droit suivant les modalités décidées ci-dessous.
5. Sur les dépens et les frais irrépétibles
La société Pininfarina succombant à l'action, le jugement sera confirmé en ce qu'il a tranché les dépens et les frais irrépétibles et statuant de ces chefs en cause d'appel, elle sera aussi condamnée aux dépens et à payer la somme de 20.000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile.
PAR CES MOTIFS,
CONFIRME le jugement en toutes ses dispositions, sauf celles relatives aux demande d'indemnisationb des préjudices ;
Statuant à nouveau et y ajoutant,
CONDAMNE la société Pininfarina SPA à payer à la société GreenGT les sommes
3.332.000 euros au titre des investissement en pure perte
2.880.000 euros euros au titre de la perte de chance des ventes,
10.000 euros au titre de l'atteinte à l'image ;
ORDONNE à la société GreenGT de mettre à disposition de la société Pininfarina un prototype d'hypercar H2 Speed à raison d'un mois par an, à charge pour la société Pininfarina de supporter les coûts d'acheminement, d'enlèvement et de retour, du véhicule depuis le local désigné par la société GreenGT ;
CONDAMNE la société Pininfarina SPA aux dépens de l'appel dans les conditions de l'article 699 du code de procédure civile ;
CONDAMNE la la société Pininfarina SPA à payer à la société GreenGT la somme de 20.000 euros en application de l'article 700 du code de procédure civile.
LE GREFFIER LE PRÉSIDENTArticles de loi cités
article 700 du code de procédure civile.article 700 du code de procédure civilearticle 1104 du code civilarticle 1231-2 du code civil selon lequelarticle 450 du code de procédure civile.article 1231-1 du code civil disposant quearticle 804 du code de procédure civile.article 699 du code de procédure civile
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- Pôle 5 - Chambre 11
- Date
- 17 janvier 2025
- Matière
- Contrats
Référence
678b43bdc6ad78dd9cf0d53c
Données disponibles
- Texte intégral
- Résumé officiel