Cour d'AppelChambre-1 civile et com.
Cour d'Appel · Chambre-1 civile et com. — 13 janvier 2026
- ECLI
- 6967548fcdc6046d473c3e7c
- Date
- 13 janvier 2026
- Condamnation
- 20 125 000 €
Entreprises en difficulté et surendettement des particuliers, faillite civile, rétablissement personnelL'entreprise au cours de la procédure - Période suspecte et sort des créances et cession d'actifs -Appel sur une décision du juge commissaire relative à la vente d'actifs
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Texte intégral
R.G : N° RG 25/00160 - N° Portalis DBVQ-V-B7J-FTFT ARRET N° du 13 janvier 2026 CDDS Formule exécutoire le : à : Maître Sandy HARANT Maître Isabelle LOREAUX, [X] [T] Madame [P] [T] [L] [T] COUR D'APPEL DE REIMS CHAMBRE CIVILE ET COMMERCIALE ARRET DU 13 JANVIER 2026 APPELANTE : d'une ordonnance rendue le 09 janvier 2025 par le juge commissaire du tribunal de commerce de CHALONS-EN-CHAMPAGNE SELARL [V] [H] agissant en sa qualité de mandataire judiciaire à la liquidation judiciaire de M. [D] [T], prise en la personne de son associée, Me [V] [H] [Adresse 2] [Localité 7] Représentée par Maître Sandy HARANT, avocat au barreau de REIMS INTIME: Monsieur [D] [T] Décédé Représenté par Maître Isabelle LOREAUX, avocat au barreau de CHALONS-EN-CHAMPAGNE PARTIES INTERVENANTES 1°) Monsieur [X] [T] [Adresse 5] [Localité 8] N'ayant pas constitué avocat 2°) Madame [P] [T] [Adresse 4] [Localité 6] N'ayant pas constitué avocat 3°) Monsieur [L] [T] [Adresse 1] [Localité 6] N'ayant pas constitué avocat DÉBATS : A l'audience publique du 13 octobre 2025, où l'affaire a été mise en délibéré au 02 Décembre 2025, prorogée au 13 Janvier 2026, sans opposition de la part des conseils des parties et en application de l'article 914-5 du code de procédure civile, Madame Sandrine PILON, conseillère, a entendu les conseils des parties en leurs conclusions et explications, puis ce magistrat en a rendu compte à la cour dans son délibéré COMPOSITION DE LA COUR LORS DU DÉLIBÉRÉ : Christina DIAS DA SILVA, présidente de chambre Madame Sandrine PILON, conseillère Madame Anne POZZO DI BORGO, conseillère MINISTÈRE PUBLIC Auquel l'affaire a été régulièrement communiquée. GREFFIERS : Madame Lucie NICLOT, greffier, lors des débats et Madame Lozie SOKY, greffier placé lors de la mise à disposition ARRÊT : Par défaut, prononcé par mise à disposition de l'arrêt au greffe de la cour, les parties en ayant été préalablement avisées dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article 450 du code de procédure civile, signé par Madame Christina DIAS DA SILVA, Présidente de chambre, et par Madame Lozie SOKY, greffier placé, auquel la minute de la décision a été remise par le magistrat signataire. EXPOSE DU LITIGE [D] [T] exerçait une activité d'exploitant agricole depuis 1992. En 1988, il avait épousé, sans contrat de mariage, Mme [B] [J], dont les parents avaient constitué une SCEA La Cassine en 1971. Selon assemblée générale extraordinaire du 30 janvier 1991, les époux ont acquis des parts de la SCEA La Cassine. Ils en ont été nommés co-gérant. Le couple a divorcé par jugement du 16 décembre 2020. Leur communauté n'a pas été liquidée. [D] [T] a été révoqué de son mandat de gérant le 30 juin 2021. Selon statuts modifiés déposés le 20 octobre 2021, le capital social de la SCEA La Cassine, composé de 500 parts, a été ainsi réparti : - 275 parts détenues en indivision par Mme [J] et [D] [T]; - 187 parts détenues en pleine propriété par Mme [B] [J] ; - 28 parts détenues en nue-propriété par Mme [B] [J], l'usufruit étant réservé à sa mère, Mme [W] [J] ; - 10 parts détenues en pleine propriété par M. [X] [T]. La SCEA La Cassine a été placée en redressement judiciaire par jugement du 16 novembre 2021 et un plan de continuation a été adopté le 16 mai 2023, la SELARL [V] [H] étant désignée commissaire à l'exécution du plan. Par jugement du 17 octobre 2023, une procédure de liquidation judiciaire immédiate a été ouverte à l'égard de [D] [T], limitant ses effets à son patrimoine professionnel. La SELARL [V] [H] a été désignée en qualité de mandataire judiciaire. Le 27 février 2024, [D] [T] a adressé à Me [H]: - une offre de Mme [B] [J] pour acquérir des parts sociales de la SCEA La Cassine et des droits indivis sur des parcelles de terre pour un prix de 201 250 euros, - une offre de M. [X] [T], fils de [D] [T], pour du matériel d'exploitation, des parts sociales détenues dans des coopératives et des droits à paiement de base (DPB) pour un prix global de 58 063 euros. Une autre offre, émanant de la SCEA des Horizons, présentée en mars 2024, a été retirée en juin 2024. [D] [T] s'est opposé aux ventes. Le 17 avril 2024, Me [H] a adressé quatre requêtes à Mme le juge commissaire afin d'être autorisée à céder : - à M. [X] [T], une partie du matériel d'exploitation détenu en pleine propriété par [D] [T], une partie du matériel d'exploitation détenu en indivision avec la SCEA La Cassine et les parts sociales détenues en pleine propriété au sein des sociétés Cristal Union, Tereos et Vivescia, le tout de manière indivisible et pour un prix global de 50 383 euros TTC ; - à M. [X] [T] les 60 droits à paiement de base appartenant en propre à [D] [T] pour un prix de 7 680 euros TTC, rappelant que l'offre avait une limite de validité au 15 mai 2024 ; - à Mme [B] [J] la moitié indivise des 275 parts sociales de la SCEA La Cassine détenues par [D] [T] pour un prix de 41 250 euros ; - à Mme [B] [J] la moitié indivise de parcelles détenues en pleine propriété ou en nue-propriété pour un prix global de 140 000 euros net vendeur. Par ordonnance du 9 janvier 2025, le juge commissaire du tribunal judiciaire de Châlons en Champagne a principalement : - autorisé la vente des actifs suivants dépendant de la liquidation judiciaire de M. [D] [T] et lui appartenant en propre, tels que visés dans la requête, au profit de M. [X] [T], demeurant [Adresse 5]: . les parts sociales au sein de la SCA Cristal Union, de la SCA Tereos et de la SCA Vivescia, moyennant un prix de 25 913 euros TTC, . le matériel d'exploitation détenu en pleine propriété visé à la requête, moyenant un prix de 3 970 euros TTC, - dit que dans l'hypothèse où une partie de ces actifs n'existerait plus, il conviendra de les imputer du montant total du prix; - rejeté la requête de la SELARL [V] [H] ès qualités de liquidateur judiciaire à la liquidation judiciaire de [D] [T] tendant à vendre de gré à gré le matériel d'exploitation dont est propriétaire indivis [D] [T] avec la SCEA La Cassine, l'offre de cession n'étant pas conforme à l'intérêt des créanciers et du débiteur La SELARL [V] [H] ès qualités a interjeté appel de cette ordonnance par déclaration du 17 janvier 2025, appel limité au rejet de la requête aux fins de vente de gré à gré. [D] [T] est décédé le [Date décès 3] 2025. Aux termes de ses conclusions notifiées par voie électronique le 27 mai 2025, la SELARL [H] ès qualités demande à la cour de : - infirmer l'ordonnance rendue par le juge commissaire du tribunal judiciaire de Châlons en Champagne n°6 le 9 janvier 2025 en ce qu'elle a rejeté la requête de la concluante tendant à céder le matériel d'exploitation dont était propriétaire indivis [D] [T] avec la SCEA La Cassine, estimant que l'offre de cession n'était pas conforme aux intérêts du débiteur et des créanciers ; Vu l'article L 642-18 du code de commerce, Vu la jurisprudence citée, Vu les pièces produites aux débats, - autoriser la SELARL [V] [H] ès qualités de mandataire judiciaire à la liquidation judiciaire de [D] [T], à céder à M. [X] [T], pour un prix de 20 500 euros, la quote part indivise des biens visés dans la requête, à savoir le matériel d'exploitation détenu en indivision avec la SCEA La Cassine, - statuer ce que de droit quant aux dépens. Elle soutient que le liquidateur est tenu par les termes de l'offre, que les montants proposés sont conformes à ce qui peut être espéré d'une cession compte tenu notamment du caractère indivis des biens à vendre, et que le contenu de l'offre est indivisible de sorte que le juge commissaire ne pouvait pas la scinder. Les héritiers de [D] [T], MM. [X] et [L] [T] ainsi que Mme [P] [T], ont été régulièrement mis en cause par exploits des 17 et 19 juin 2025 remis respectivement à étude et à domicile. Ils n'ont pas constitué avocat. Le parquet général a indiqué le 28 mars 2025 qu'il ne suivait pas cette affaire. La clôture est intervenue le 30 septembre 2025 et l'affaire a été renvoyée à l'audience du 13 octobre suivant. MOTIFS DE LA DÉCISION La cour n'est saisie que de la disposition de l'ordonnance entreprise ayant rejeté la requête de la la SELARL [V] [H] ès qualités tendant à céder le matériel d'exploitation dont était propriétaire indivis [D] [T] avec la SCEA La Cassine. Le décès du débiteur [D] [T] étant intervenu au cours de la procédure de liquidation judiciaire, cette procédure suit son cours, sa représentation étant assuré par le liquidateur pour tous les droits et actions concernant son patrimoine. Selon l'article R.642-37-3 du code de commerce le recours contre les ordonnances du juge commissaire rendues en application de l'article L.642-19 qui prévoient la vente des biens de l'entreprise en liquidation judiciaire sont formés devant la cour d'appel. En application de l'article L 642-18 du code de commerce le juge commissaire peut, si la consistance des biens, leur emplacement ou les offres reçues sont de nature à permettre une cession amiable dans de meilleurs conditions, ordonner la vente par adjudication amiable sur la mise à prix qu'il fixe ou autoriser la vente de gré à gré aux prix et conditions qu'il détermine. Conformément aux dispositions prévues par l'article L.526-22 du code de commerce les biens, droits et obligations dont il est titulaire et qui sont utiles à son activité ou à ses activités professionnelles indépendantes constituent le patrimoine professionnel de l'entrepreneur individuel et les éléments de son patrimoine non compris dans le patrimoine professionnel constituent son patrimoine personnel. L'entrepreneur individuel n'est tenu de remplir son engagement à l'égard de ses créanciers dont les droits sont nés à l'occasion de son exercice professionnel que sur son seul patrimoine professionnel. La charge de la preuve relativement au patrimoine personnel et professionnel incombe à l'entrepreneur individuel pour toute contestation de mesures d'exécution forcée ou de mesure conservatoires qu'il élève concernant l'inclusion de certains éléments d'actif dans le périmètre du droit de gage général des créanciers. L'article R. 526-26 du même code précise que les biens droits et obligations dont l'entrepreneur individuel est titulaire, utiles à l'activité professionnelle, s'entendent de ceux qui, par leur nature, par leur destination ou en fonction de leur objet, servent à cette activité. En l'espèce il est constant que [D] [T] était propriétaire indivis avec la SCEA la Cassine de matériel d'exploitation et il n'est pas contesté que ses droits dans ce matériel faisaient parties de son patrimoine professionnel. M. [X] [T] a formulé une proposition d'offre d'acquisition à hauteur de la somme de 20 500 euros. Ledit matériel afait l'objet d'une évaluation par Me [N] en mars 2024 à hauteur de la somme de 56 000 euros. L'appelante est cependant bien fondée à soutenir que cette offre permet de céder dans les meilleurs conditions possibles ce matériel d'occasion pour lequel [D] [T] ne détenait que la moitié indivise avec la SCEA de la Cassine, aucun tiers n'ayant vocation à reprendre des actifs détenus en indivision avec une SCEA dans laquelle il n'aurait pas de participation. De plus une telle cession de gré à gré permet de désintéresser les créanciers à un prix plus élevé que dans le cadre d'une adjudication. Il est donc fait droit à la demande de la SELARL [V] [H] ès qualités de liquidateur de [D] [T] tendant à être autorisée à céder le matériel d'exploitation tel que précisé au dispositif de la présente décision, l'ordonnance entreprise étant infirmé en sa dispositio soumise à la cour. Les dépens seront employés en frais privilégiés de procédure collective. PAR CES MOTIFS La cour, statuant par arrêt de défaut, dans les limites de sa saisine, Infirme l'ordonnance en ce qu'elle a rejeté la requête de la SELARL [V] [H] ès qualités tendant à céder le matériel d'exploitation dont était propriétaire indivis [D] [T] avec la SCEA La Cassine, seule disposition soumise à la cour ; Statuant à nouveau de ce chef infirmé ; Autorise la SELARL [V] [H] ès qualités de mandataire judiciaire à la liquidation judiciaire de [D] [T], à céder à M. [X] [T], pour un prix de 20 500 euros, la quote part indivise des biens visés dans la requête, à savoir le matériel d'exploitation détenu en indivision avec la SCEA La Cassine ; Dit que les dépens seront employés en frais privilégiés de liquidation judiciaire. Le greffier La présidente
Articles de loi cités
article L.526-22 du code de commerce les biensarticle L 642-18 du code de commerce le juge commissaiarticle 450 du code de procédure civilearticle 914-5 du code de procédure civilearticle L 642-18 du code de commerce
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Synthèse
- Juridiction
- Cour d'Appel
- Chambre
- Chambre-1 civile et com.
- Date
- 13 janvier 2026
- Matière
- Entreprises en difficulté et surendettement des particuliers, faillite civile, rétablissement personnel
Référence
6967548fcdc6046d473c3e7c
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