TA34Président BESLEPrésident BESLESatisfaction Totale
TA34 · Président BESLE — 22 décembre 2022
- ECLI
- DTA_2104155_20221222
- Date
- 22 décembre 2022
Source : DILA / Judilibre · open data
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Texte intégral
Vu la procédure suivante : Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 juillet 2021, le 20 août 2021 et le 29 octobre 2021, Mme B C demande au tribunal : 1°) d'annuler la décision du 4 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a, d'une part, tacitement confirmé la mise à sa charge d'un indu de 920,54 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2020 au 30 novembre 2020 et confirmé sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020 et, d'autre part, rejeté sa demande de remise gracieuse de cet indu ; 2°) de la rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active pour la période du 1er décembre 2020 au 28 février 2021. 3°) d'annuler la décision du 27 février 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a mis à sa charge un indu de 152,45 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. Elle soutient que : - elle est isolée et dépourvue de ressources ; - les correspondances qui lui ont été adressées par la caisse d'allocations familiales et le département des Pyrénées-Orientales sont contradictoires ; elle a cessé de percevoir le revenu de solidarité active à compter du mois de janvier 2021 ; - le capital dont elle disposait alors n'est plus le même ; - les économies placées sur son livret A et son livret de développement durable n'avaient pas à être prises en compte au titre de ses ressources. Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le département des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé. Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code de l'action sociale et des familles ; - le décret n° 2020-1746 du 29 décembre 2020 ; - le code de justice administrative. Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique. La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience. Considérant ce qui suit : 1. Mme C a bénéficié de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2020 et du revenu de solidarité active dans le département des Pyrénées-Orientales à compter du mois d'octobre 2020. Par une décision du 15 février 2021, la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a prononcé la radiation de Mme C de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020 et, par deux décisions du 27 février 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales lui a notifié un indu de 920,54 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2020 au 30 novembre 2020 et un indu de 152,45 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. Par la présente requête, Mme C doit être regardée comme demandant à être rétablie dans ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020, l'annulation de décision du 4 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a, d'une part, tacitement confirmé la mise à sa charge de cet indu de revenu de solidarité et, d'autre part, rejeté sa demande de remise gracieuse de cet indu et l'annulation de la décision du 27 février 2021 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a mis à sa charge cet indu de 152,45 euros d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. Sur la fin de non-recevoir opposée par la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales : 2. Il résulte de l'instruction que par une lettre du 22 septembre 2021, le directeur de la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales a informé Mme C de la remise gracieuse d'une dette de 152,45 euros correspondant à un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. Cette décision étant définitive, il n'y a par suite plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme C tendant à obtenir la remise gracieuse de cette somme. Sur le revenu de solidarité active : 3. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre () ". Aux termes de l'article R. 262-37 du même code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. () ". Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active () ". 4. Il résulte tant des motifs de la décision du 4 mai 2021 que des écritures du département des Pyrénées-Orientales que la radiation de Mme C de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020 et l'indu de 920,54 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2020 au 30 novembre 2020 résultent de la réintégration dans ses ressources de capitaux placés à hauteur de 23 789 euros. 5. Toutefois, l'article L. 115-2 du code de l'action sociale et des familles dispose, à ses deuxième et troisième alinéas, que : " Le revenu de solidarité active () complète les revenus du travail ou les supplée pour les foyers dont les membres ne tirent que des ressources limitées de leur travail et des droits qu'ils ont acquis en travaillant ou sont privés d'emploi. / Il garantit à toute personne, qu'elle soit ou non en capacité de travailler, de disposer d'un revenu minimum ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer, y compris celles qui sont mentionnées à l'article L. 132-1, est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active, dans des conditions fixées par un décret en Conseil d'Etat qui détermine notamment :/ () 2° Les modalités d'évaluation des ressources () ". Le premier alinéa de l'article L. 132-1 de ce code dispose que : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire. " Enfin, le premier alinéa de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles, applicable au revenu de solidarité active en vertu de l'article R. 262-6 du même code, prévoit que : " Pour l'appréciation des ressources des postulants prévue à l'article L. 132-1, les biens non productifs de revenu, à l'exclusion de ceux constituant l'habitation principale du demandeur, sont considérés comme procurant un revenu annuel égal à 50 % de leur valeur locative s'il s'agit d'immeubles bâtis, à 80 % de cette valeur s'il s'agit de terrains non bâtis et à 3 % du montant des capitaux ". 6. En premier lieu, il résulte des dispositions législatives citées au point précédent que le revenu de solidarité active est une allocation différentielle portant les ressources du foyer au niveau d'un montant forfaitaire propre notamment à assurer à ses bénéficiaires des moyens convenables d'existence. Le droit à cette allocation est, ainsi, calculé en fonction de l'ensemble des ressources du foyer. L'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles ne prévoit à ce titre la prise en compte de la valeur en capital des biens non productifs de revenu qu'en vue d'apprécier les ressources qu'ils sont supposés procurer. Par suite, le département des Pyrénées-Orientales n'est pas fondé à soutenir que l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles méconnaîtrait le caractère subsidiaire du revenu de solidarité active en ce qu'il ne permet pas d'exclure le bénéfice du revenu de solidarité active en fonction de l'importance du patrimoine. 7. En second lieu, en imposant que les ressources tirées d'un capital non productif de revenu soient évaluées, sans marge d'appréciation des départements sur cette modalité, sur une base forfaitaire de 3 %, les dispositions de l'article R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles ne peuvent être regardées comme ayant mis en œuvre le principe posé par l'article L. 132-1 du même code dans des conditions qui seraient de nature à dénaturer le principe de libre administration des collectivités territoriales. 8. Il résulte de l'instruction et des écritures du département des Pyrénées-Orientales que la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a pris en compte, non pas les revenus issus des capitaux placés, mais l'intégralité des capitaux de Mme C au motif que leur montant était supérieur au seuil fixé par le règlement départemental de gestion de l'allocation de revenu de solidarité active qui correspond au montant du plafond du livret A, soit 22 950 euros pour une personne seule depuis le 1er janvier 2017. Il s'ensuit que cette décision a été prise en application d'un règlement départemental qui ne trouve son fondement dans aucune disposition législative ou règlementaire applicable au revenu de solidarité active et, par suite, en méconnaissance des articles L. 132-1 et R. 132-1 du code de l'action sociale et des familles. 9. Il résulte de ce qui précède que la décision du 4 mai 2021 par laquelle la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales a, d'une part, tacitement confirmé la mise à la charge de Mme C d'un indu de 920,54 euros de revenu de solidarité active pour la période du 1er octobre 2020 au 30 novembre 2020 et confirmé sa radiation de la liste des bénéficiaires du revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020 doit être annulée. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur la demande de remise gracieuse présentée au titre de cet indu. Sur les conclusions à fin d'injonction : 10. L'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement qu'il soit procédé à un nouveau calcul des droits de Mme C au revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020 en tenant compte des motifs du présent jugement et d'enjoindre, le cas échéant, au département des Pyrénées-Orientales de restituer les sommes auxquelles Mme C avait droit au titre de cette allocation à partir de cette date. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de renvoyer la requérante devant le département des Pyrénées-Orientales afin qu'il y soit procédé dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision. D E C I D E : Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant au prononcé d'une remise gracieuse d'une dette de 152,45 euros correspondant à un indu d'aide exceptionnelle de fin d'année 2020. Article 2 : La décision du 4 mai 2021 de la présidente du conseil départemental des Pyrénées-Orientales est annulée. Article 3 : Mme C est renvoyée devant le département des Pyrénées-Orientales pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active à compter du 1er octobre 2020, conformément aux motifs du présent jugement. Article 4 : La présente décision sera notifiée à Mme B C, au département des Pyrénées-Orientales et à la caisse d'allocations familiales des Pyrénées-Orientales. Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022. Le président, D. ALa greffière, F. Roman La République mande et ordonne au préfet des Pyrénées-Orientales en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, Montpellier, le 22 décembre 2022. La greffière, F. Roman No 2104155
Citations
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Synthèse
- Juridiction
- TA34
- Chambre
- Président BESLE
- Formation
- Président BESLE
- Dispositif
- Satisfaction Totale
- Date
- 22 décembre 2022
Référence
DTA_2104155_20221222
Données disponibles
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