TA772ème chambre, JU2ème chambre, JUSatisfaction Partielle
TA77 · 2ème chambre, JU — 12 juin 2023
- ECLI
- DTA_2107276_20230612
- Date
- 12 juin 2023
Source : DILA / Judilibre · open data
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Texte intégral
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 août 2021 et le 5 juillet 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France défère au tribunal, comme prévenu d'une contravention de grande voirie, M. A B, et conclut, dans le dernier état de ses écritures, à ce que le tribunal : 1°) constate que les faits établis par procès-verbal du 22 janvier 2021 constituent la contravention de grande voirie prévue et réprimée par l'article L. 2132-8 du code général de la propriété des personnes et de condamne par suite M. B au paiement d'une amende de 12 000 euros ; 2°) mette à la charge de M. B une somme de 45 984 euros correspondant aux coûts afférents au déchirage du bateau " Albatros ", consécutif à son renflouement et à son enlèvement d'office hors du domaine public fluvial ; 3°) mette à la charge de M. B la somme de 250 euros, correspondant aux frais d'établissement et de notification du procès-verbal et aux frais de notification à la charge de l'établissement public Voies navigables de France du jugement à intervenir par huissier de justice au titre des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - M. B a occupé sans titre une dépendance du domaine public fluvial, rive gauche de la Seine, par le stationnement d'un bateau ; - cette situation a fait l'objet d'un procès-verbal de contravention de grande voirie du 22 janvier 2021 ainsi que d'une notification en triple exemplaire datée du 4 mars 2021 ; - le fait que M. B occupe sans autorisation le domaine public fluvial constitue un empêchement mentionné à l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et sa présence doit être regardée comme constitutive d'une contravention de grande voirie prévue et sanctionnée par ce même texte ; - le bateau a été constaté coulé le 25 avril 2021 soit antérieurement au transfert de propriété au profit de VNF en date du 4 octobre 2021 en raison de son état d'abandon ; - en avril 2022, VNF a dû procéder au déchirage du bateau pour un montant de 45 984 euros. La requête a été communiquée à M. B qui n'a pas produit de mémoire malgré une mise en demeure adressée le 1er avril 2022. Par ordonnance du 22 février 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 mars 2023. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - le code général de la propriété des personnes publiques ; - le code de procédure pénale ; - le code des transports ; - l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de M. Lalande, président-rapporteur, - les conclusions de Mme Vergnaud, rapporteure publique. Considérant ce qui suit : Sur la contravention de grande voirie : 1. Par un procès-verbal de contravention de grande voirie, établi le 22 janvier 2021, un agent assermenté de l'établissement public Voies navigables de France a constaté que le bateau de M. B portant la devise " Albatros " stationnait sur le domaine public fluvial, sans droit ni titre, depuis le 22 août 2020 sur le territoire de la commune de Bois-le-Roi (Seine-et-Marne) sur la rive gauche de la Seine au point kilométrique 101. Le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France demande au tribunal de condamner M. B à payer une amende, et d'enjoindre à celui-ci de libérer le domaine public fluvial dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. Sur l'action publique : 2. D'une part, aux termes de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant est passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ". Lorsque le juge administratif est saisi d'un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement décharger le contrevenant de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public qu'au cas où le contrevenant produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure. 3. D'autre part, il appartient au juge administratif de fixer le montant de l'amende mise à la charge du contrevenant compte tenu des circonstances de l'affaire et dans la limite des montants fixés par les textes, aucune disposition législative ou réglementaire applicable aux contraventions de grande voirie ne lui permettant cependant de décider qu'il n'y a pas lieu de prononcer cette amende. 4. Un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé, le 22 janvier 2021, à l'encontre de M. B pour avoir stationné son bateau immatriculé B813062 sur le domaine public fluvial, sans droit ni titre, depuis le 22 août 2020 sur le territoire de la commune de Bois-le-Roi sur la rive gauche de la Seine au point kilométrique 101. Ce procès-verbal, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, établit ces faits, que M. B ne conteste d'ailleurs pas en défense. Le fait de stationner sans autorisation sur le domaine public fluvial constitue un empêchement du domaine public au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et, par suite, constitue la contravention prévue et réprimée par ces dispositions. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner M. B à une amende de 1 000 euros. Sur l'action domaniale En qui concerne l'évacuation du bateau : 5. Dans le dernier état de ses écritures, résultant de son mémoire enregistré le 5 juillet 2022, le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France n'a pas maintenu ses conclusions présentées au titre de l'action domaniale en qui concerne l'évacuation du domaine public fluvial. En ce qui concerne les frais engagés au titre du déchirage du bateau : 6. L'auteur d'une contravention de grande voirie doit être condamné à rembourser au gestionnaire du domaine public le montant des frais exposés ou à exposer par celui-ci pour les besoins de la remise en état de l'ouvrage endommagé. Il n'est fondé à demander la réduction des frais mis à sa charge que dans le cas où le montant des dépenses engagées en vue de réparer les conséquences de la contravention présente un caractère anormal. 7. Il résulte de l'instruction que le bateau de M. B a coulé le 25 avril 2021, ce qui a entrainé l'intervention d'une entreprise afin d'effectuer des travaux de déchirage, pour un montant de 45 984 euros, dont l'établissement public Voies navigables de France apporte la facture. La circonstance qu'à compter du 4 octobre 2021, par arrêté, le préfet de Seine-et-Marne a transféré la pleine propriété à l'établissement public Voies navigables de France du bateau " Albatros " en raison de son état d'abandon, soit postérieurement au naufrage du bateau de M. B, est sans incidence sur le bien-fondé des demandes tendant à ce que M. B soit condamné à rembourser les frais exposés par VNF. M. B doit être condamné à indemniser l'intégralité des sommes exposées par VNF pour le déchirage du bateau, soit un montant de 45 984 euros. Sur les frais liés au litige : 8. D'une part, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les parties peuvent produire les justificatifs des sommes qu'elles demandent et le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article R. 761-1 de ce code : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties / L'Etat peut être condamné aux dépens ". 9. D'autre part, aux termes de l'article L. 774-2 du code de justice administrative : " Dans les dix jours qui suivent la rédaction d'un procès-verbal de contravention, le préfet fait faire au contrevenant notification de la copie du procès-verbal / Pour le domaine public défini à l'article L. 4314-1 du code des transports, [le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France] est substituée au représentant de l'Etat dans le département () ". Aux termes de l'article L. 774-6 de ce code : " Le jugement est notifié aux parties, à leur domicile réel, dans la forme administrative par les soins des autorités mentionnées à l'article L. 774-2, sans préjudice du droit de la partie de le faire signifier par acte d'huissier de justice ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France, qui intervient en lieu et place du préfet pour la répression des atteintes à l'intégrité et à la conservation du domaine public qui lui est confié en application des articles L. 4314-1 et D. 4314-1 du code des transports, de procéder à la notification au contrevenant du procès-verbal de contravention ainsi que du jugement rendu en matière de contravention de grande voirie. En vertu des dispositions combinées des articles 23 et 25 de l'ordonnance n° 2016-728 du 2 juin 2016 relative au statut de commissaire de justice, dans tous les textes législatifs, la référence aux huissiers de justice désigne les commissaires de justice à compter du 1er juillet 2022. 10. Si les frais de procès-verbal de contravention de grande voirie n'entrent pas dans le champ des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, en ce que l'établissement de ce procès-verbal ne peut être considéré comme une mesure d'instruction, toutefois, dès lors que M. B a commis une infraction d'occupation sans titre du domaine public fluvial, constitutive d'une contravention de grande voirie constatée par procès-verbal dressé le 22 janvier 2021, le contrevenant doit supporter les frais de ce procès-verbal établi dans le cadre de l'action répressive. Par ailleurs, dès lors que le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France peut notifier au contrevenant le présent jugement par signification de commissaire de justice, il y a lieu de mettre à la charge de M. B la somme demandée à ce titre par le directeur général de l'établissement public Voies navigables de France. Ainsi, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme de 250 euros au titre des frais exposés par l'établissement public Voies navigables de France et non compris dans les dépens. D E C I D E: Article 1er : M. B est condamné à payer une amende d'un montant de 1 000 euros. Article 2: M. B versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 45 984 euros correspondant au coût du déchirage de son bateau " Albatros ". Article 3 : M. B versera à l'établissement public Voies navigables de France une somme de 250 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Article 4 : Le présent jugement sera adressé au directeur général de l'établissement public Voies navigables de France pour notification à M. A B dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative. Copie en sera adressée au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et du département de Seine-et-Marne. Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juin 2023. Le magistrat désigné, D. LALANDE La greffière, C. KIFFER La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, La greffière,
Citations
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Synthèse
- Juridiction
- TA77
- Chambre
- 2ème chambre, JU
- Formation
- 2ème chambre, JU
- Dispositif
- Satisfaction Partielle
- Date
- 12 juin 2023
Référence
DTA_2107276_20230612
Données disponibles
- Texte intégral