TA1011ère chambre bis1ère chambre bisSatisfaction Partielle
TA101 · 1ère chambre bis — 9 mai 2023
- ECLI
- DTA_2200051_20230509
- Date
- 9 mai 2023
Source : DILA / Judilibre · open data
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Texte intégral
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 16 janvier 2022 et 8 mars 2023, M. A B demande au tribunal : 1°) d'annuler les deux arrêtés du président de la communauté d'agglomération du Sud (CASUD) de La Réunion du 9 juillet 2021 lui attribuant, à titre de régularisation, l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) au coefficient 0,1 et l'indemnité d'exercice de missions des préfectures (IEMP) au coefficient 1 pour la période du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 16 septembre 2021 ; 2°) de condamner la CASUD à lui verser, avec intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable, la somme de 40 696,87 euros au titre de l'IAT au taux de 8 et de l'IEMP au taux de 3 auxquels il a droit pour la période du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021, ainsi qu'une indemnité de 10 000 euros en réparation de son préjudice ; 3°) de mettre à la charge de la CASUD la somme de 1 000 euros à lui verser au titre de l'article l.761-1 du code de justice administrative. Il soutient que : - exerçant ses fonctions de manière très satisfaisante, il est en droit de prétendre à l'IAT et à l'IEMP prévues par les délibérations du conseil communautaire du 16 novembre 2006 et du 27 février 2009 sur la base des taux maximums respectivement de 8 et 3 ; - les coefficients de 0,1 et 1 qui lui ont été appliqués au titre de l'IAT et de l'IEMP pour la période régularisée sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de sa manière de servir ; - l'arrêté lui attribuant l'IAT à un coefficient de 0,1 est entaché d'erreur de droit, dès lors que le décret du 14 janvier 2002 relatif à cette indemnité prévoit un coefficient minimum de 1 ; - il est fondé à obtenir la condamnation de la CASUD à lui verser le différentiel entre ce qu'il aurait dû percevoir et ce qu'il a déjà perçu ; - l'illégalité des décisions attaquées lui cause un préjudice. Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2022, la CASUD représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés. Par une ordonnance du 9 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 mars 2023. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ; - la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ; - le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ; - le décret n° 97-1223 du 26 décembre 1997 ; - le décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 ; - le code de justice administrative. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, la CASUD n'étant ni présente, ni représentée. Ont été entendus au cours de l'audience publique : - le rapport de Mme Legrand, première conseillère, - les conclusions de M. Sauvageot, rapporteur public, - et les observations de M. B. Considérant ce qui suit : 1. M. A B, adjoint technique principal titulaire, exerce ses fonctions auprès de la communauté d'agglomération du sud (CASUD) depuis de nombreuses années. Par un jugement du 6 mai 2021, le tribunal a annulé la décision du président de la CASUD refusant de lui attribuer le bénéfice de l'indemnité d'exercice de missions (IEM) et de l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) à compter du 1er janvier 2015 et a enjoint à la CASUD de réexaminer sa situation au regard de ces deux indemnités. Par deux arrêtés du 9 juillet 2021, notifiés le 16 juillet 2021, le président de la CASUD a régularisé sa situation du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021 en fixant à 0,1 le coefficient appliqué à l'IAT et à 1 le coefficient appliqué à l'IEM. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces arrêtés, confirmés sur recours gracieux reçu le 16 septembre 2021, et la condamnation de la CASUD à lui verser des rappels d'indemnités sur la base des coefficients maxima. Sur les conclusions à fin d'annulation et de condamnation au titre de l'IAT et de l'IEMP : En ce qui concerne le droit à l'IAT : 2. Aux termes de l'article 5 du décret n° 2002-61 du 14 janvier 2002 : " L'attribution individuelle de l'indemnité d'administration et de technicité est modulée pour tenir compte de la manière de servir de l'agent dans l'exercice de ses fonctions ". Par ses délibérations des 29 mai 2006, 16 novembre 2006 et 27 février 2009, prises sur le fondement de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984, le conseil communautaire a rendu applicable aux fonctionnaires et agents non titulaires de la communauté se rattachant aux filières administrative et technique, l'IAT instituée par le décret du 14 janvier 2002. Ces délibérations ont prévu une modulation selon les coefficients 0 à 8 et précisé les critères d'attribution, à savoir la manière de servir, la disponibilité et l'assiduité, l'expérience professionnelle, les responsabilités, l'encadrement et les sujétions particulières. 3. Si la CASUD entend, par ses écritures en défense, mettre en doute les qualités professionnelles démontrées par M. B depuis l'année 2015, elle ne justifie pas avoir procédé, pour les années autres que 2015, 2019 et 2021, à l'évaluation professionnelle à laquelle cet agent était en droit de prétendre. S'agissant du compte rendu d'entretien professionnel (CREP) établi en 2015, la manière de servir de l'intéressé a été analysée comme celle d'un " très bon agent, rigoureux, soigné et organisé " et les niveaux " excellent " ou " très bon " lui ont été attribués sur la plupart des critères. Les appréciations portées dans le CREP en 2019 sont également très élogieuses, soulignant notamment que l'agent " maîtrise pleinement les compétences professionnelles et techniques spécifiques dans le traitement et la gestion des données numériques ", " fait preuve de qualités relationnelles exceptionnelles " et " continue à démontrer une réelle efficacité dans l'emploi par sa rigueur, son assiduité, son esprit d'analyse et d'initiative ". En outre, il ne saurait être constaté en l'espèce, en l'absence d'éléments concrets produits en ce sens par la CASUD, une manière de servir qui aurait été moins satisfaisante durant les années 2016, 2017 et 2018. Quant au CREP 2021, qui suit une nouvelle trame, il souligne que l'agent est " très bon dans son domaine technique de compétence ", même s'il pourrait développer son potentiel et améliorer certains objectifs, et note huit critères comme maîtrisés, contre vingt-quatre acquis et cinq en voie d'acquisition. Dans ces conditions, alors même que, comme le soutient la CASUD, les fonctions exercées par M. B seraient peu concernées par des sujétions particulières ou par des missions d'encadrement, l'attribution d'un coefficient de 0,1 d'IAT au titre des services accomplis par l'intéressé depuis l'année 2015 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation. 4. Cette décision illégale est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la CASUD. Par ailleurs, si le dossier soumis au tribunal ne permet pas de reconnaître à l'intéressé un droit à l'IAT sur la base du taux maximum, ses mérites étaient de nature à justifier l'attribution de l'IAT au coefficient 5 pour l'ensemble de la période du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021. En ce qui concerne le droit à l'IEMP : 5. Aux termes de l'article 5 du décret n° 97-1223 du 26 décembre 1997 portant création d'une indemnité d'exercice de missions des préfectures : " Le montant de l'indemnité () est calculé par application à un montant de référence fixé par arrêté () d'un coefficient d'ajustement compris entre 0,8 et 3 ". Par ses délibérations des 29 mai 2006, 16 novembre 2006 et 27 février 2009, prises sur le fondement de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984, le conseil communautaire a rendu applicable aux fonctionnaires et agents non titulaires de la communauté se rattachant aux filières administrative et technique, l'IEMP instituée par le décret du 26 décembre 1997. Ces délibérations ont prévu une modulation selon les coefficients 1 à 3 et précisé les critères d'attribution, identiques à ceux valant pour l'IAT. 6. Pour les mêmes raisons que celles exposées au point 3, il y a lieu de constater l'erreur manifeste d'appréciation commise par le président de la CASUD en attribuant à M. B l'IEMP au coefficient 1 au titre de l'exercice de ses fonctions depuis l'année 2015. 7. Cette décision illégale est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de la CASUD. Par ailleurs, si le dossier soumis au tribunal ne permet pas de reconnaître à l'intéressé un droit à l'IEMP sur la base du taux maximum, ses mérites étaient de nature à justifier l'attribution de l'IEMP au coefficient 2 pour l'ensemble de la période du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021. 8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur l'autre moyen de la requête relatif à l'IAT, que M. B est fondé à demander l'annulation des deux arrêtés du 9 juillet 2021 et de la décision implicite rejetant son recours gracieux du 16 septembre 2021, ainsi que la condamnation de la communauté d'agglomération à lui verser les sommes dues au titre de l'IAT et de l'IEMP pour l'ensemble de cette période, avec application des coefficients respectifs de 5 et 2. Il y a lieu de renvoyer l'intéressé devant l'administration pour liquidation de sa créance, laquelle ouvre droit aux intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2021. Sur les conclusions indemnitaires relatives au préjudice moral : 9. Il ne résulte pas de l'instruction que la faute commise par la CASUD en attribuant, à titre de régularisation, l'IAT et l'IEMP à des coefficients inférieurs à ceux auxquels il pouvait prétendre, ait généré un préjudice moral pour M. B. La demande indemnitaire présentée de ce chef doit donc être rejetée. Sur les frais liés au litige : 10. M. B n'ayant pas eu recours aux services d'un avocat et ne justifiant pas des frais engagés à l'instance, sa demande présentée au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative ne peut être accueillie. D E C I D E : Article 1er : Les deux arrêtés du président de la CASUD du 9 juillet 2021 attribuant à M. B, à titre de régularisation, l'indemnité d'administration et de technicité (IAT) au coefficient 0,1 et l'indemnité d'exercice de missions des préfectures (IEMP) au coefficient 1 pour la période du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux du 16 septembre 2021 sont annulés. Article 2 : La CASUD est condamnée à verser, avec intérêts au taux légal à compter du 16 septembre 2021, les sommes dues à M. B au titre de l'IAT et au titre de l'IEMP sur la période du 1er janvier 2015 au 31 juillet 2021, calculées sur la base des coefficients respectifs de 5 et 2. Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté. Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la communauté d'agglomération du Sud (CASUD). Délibéré après l'audience du 27 mars 2023, à laquelle siégeaient : M. Bauzerand, président, Mme Legrand, première conseillère, M. Caille, premier conseiller. Rendu public par mise au disposition au greffe le 9 mai 2023. La rapporteure, I. LEGRAND Le président, Ch. BAUZERAND Le greffier, D. CAZANOVE La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, P/La greffière en chef, Le greffier, D. CAZANOVE
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Synthèse
- Juridiction
- TA101
- Chambre
- 1ère chambre bis
- Formation
- 1ère chambre bis
- Dispositif
- Satisfaction Partielle
- Date
- 9 mai 2023
Référence
DTA_2200051_20230509
Données disponibles
- Texte intégral