TA596ème chambre6ème chambre
TA59 · 6ème chambre — 25 janvier 2023
- ECLI
- DTA_2207240_20230125
- Date
- 25 janvier 2023
Source : DILA / Judilibre · open data
Mes notes
privées · visibles par vous seulAnalyse IA non disponible
Générez un résumé intelligent de cette décision
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2022, M. E B, représenté par Me Dalil Essakali, demande au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'enjoindre au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il appartient à l'administration de justifier de la compétence de l'auteur de la décision en litige ;
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît le principe général de droit communautaire du respect des droits de la défense tel que prévu par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
En ce qui concerne la décision octroyant un délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination de la mesure d'éloignement :
- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui octroyant un délai de départ volontaire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 novembre 2022.
Vu les pièces de ce dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le
26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Dalil Essakali, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant marocain né le 17 juillet 1979 à Mohammadia (Maroc), est entré sur le territoire français le 7 avril 2015, selon ses déclarations, sous couvert de son passeport et d'un titre de séjour italien. Le 14 août 2015, M. B a présenté auprès du préfet du Nord une demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Par un arrêté du 27 juin 2017, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé de quitter le territoire français. M. B s'est maintenu sur le territoire français irrégulièrement. Il a sollicité, en dernier lieu le 6 octobre 2021, auprès du préfet du Nord son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 13 septembre 2022, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les moyens communs aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. B, visent les textes dont elles font application et mentionnent les faits qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen sérieux de la situation de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, par un arrêté du 20 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratif n° 151 du même jour, le préfet du Nord a donné délégation à M. C F, attaché d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe de bureau du contentieux et du droit des étrangers, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entachée la décision contestée manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, M. B invoque un défaut de base légale et une erreur de droit, sans autre précision. Ce moyen, qui n'est pas assorti de précision suffisante permettant d'en apprécier le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; / () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. / () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant.
7. Au demeurant, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser, à l'administration, les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré ou renouvelé un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir, auprès de l'administration, toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination qui sont prises concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Par suite, dès lors que M. B pouvait présenter des observations pendant l'instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement à l'édiction de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet du Nord l'a obligé à quitter le territoire français.
Sur la légalité de la décision octroyant un délai de départ volontaire :
9. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Le moyen invoqué à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire, tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. Le requérant soutient que le délai de départ volontaire qui lui a été octroyé méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant dès lors qu'il expire en cours d'année scolaire. M. B n'a cependant produit aucun élément attestant de la scolarisation de ses enfants. A supposer que ces derniers soient scolarisés, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils ne pourraient pas poursuivre leur scolarité dans le pays de destination de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour le même motif, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet du Nord lui a octroyé un délai de départ volontaire.
Sur la légalité de la décision portant fixation du pays de destination :
13. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et lui octroyant un délai de départ volontaire doit être écarté.
14. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce de façon suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée doit être écarté.
15. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que la décision en litige serait entachée d'une erreur de droit dont la nature n'est pas désignée et qui porterait sur une femme ayant dû fuir l'Arménie, soit manifestement une autre personne que le requérant ou son épouse, n'est pas assortie de précision suffisante pour en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne pourra qu'être écarté.
16. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. B. Par suite, ce moyen doit être écarté.
17. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
18. M. B a présenté le 6 octobre 2021 une demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il se prévaut de son arrivée sur le territoire français en 2015, de la présence sur le sol français de son épouse et de ses deux enfants, nés le 12 février 2016 et le 21 janvier 2019, et enfin de son insertion sociale et professionnelle. Il ressort des pièces du dossier qu'il séjourne en France irrégulièrement depuis le 27 juin 2017, date à laquelle le préfet du Nord a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français, et ce jusqu'au dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour le 6 octobre 2021. Si le requérant fait par ailleurs valoir la présence sur le territoire national de son épouse, Mme A, il ressort des pièces du dossier qu'elle se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Si M. B se prévaut en outre, notamment à l'audience, de son insertion sociale et professionnelle sur le territoire français, il ne démontre pas avoir exercé une quelconque activité professionnelle ni même s'être impliqué en tant que bénévole dans des activités associatives. Il est également constant qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Enfin, l'intéressé n'établit pas qu'il ne pourrait pas se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence et où résident deux de ses sœurs, ou en Italie, pays dans lequel il soutient, notamment à l'audience, être légalement admissible. Il s'ensuit que dès lors que l'intéressé n'établit pas avoir fixé en France le centre de ses intérêts privés et familiaux la décision du préfet du Nord n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.
19. En dernier lieu, il résulte des stipulations précitées du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
20. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs que ceux exposés plus haut, et dès lors que la décision attaquée n'a pas pour effet de séparer M. B de ses enfants mineurs, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
21. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 13 septembre 2022 par laquelle le préfet du Nord a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions du requérant à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2207240Avocats intervenants
Citations
Aucune citation répertoriée pour cette décision.
Décisions connexes
Aucune décision similaire identifiée pour le moment.
Synthèse
- Juridiction
- TA59
- Chambre
- 6ème chambre
- Formation
- 6ème chambre
- Date
- 25 janvier 2023
Référence
DTA_2207240_20230125
Données disponibles
- Texte intégral
- Résumé officiel