TA13Tribunal Administratif de MarseilleRejet
TA13 · Tribunal Administratif de Marseille — 19 décembre 2022
- ECLI
- DTA_2210099_20221219
- Date
- 19 décembre 2022
Source : DILA / Judilibre · open data
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Texte intégral
Vu la procédure suivante : Par une requête, enregistrée le 2 décembre 2022, M. D A, représenté par l'AARPI Themis, demande au juge des référés du Tribunal, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : 1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ; 2°) de suspendre l'exécution de la décision du 16 novembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a ordonné la prolongation de son placement à l'isolement à la maison centrale d'Arles ; 3°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice d'ordonner la levée de son isolement dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; 4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il soutient que : - la condition d'urgence est remplie dès lors que le Conseil d'Etat reconnaît une présomption d'urgence à suspendre une décision ayant pour effet de prolonger le placement à l'isolement d'une personne détenue et qu'en l'espèce, l'administration pénitentiaire ne fait état d'aucune circonstance particulière permettant de renverser cette présomption ; - il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige : - la décision en litige est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas établi, au regard de l'article R. 57-7-68 du code de procédure pénale que Mme C B, cheffe du pôle isolement disposait d'une délégation du ministre de la justice pour décider de la prolongation de son placement à l'isolement ; - faute de lui avoir communiqué une copie de son dossier contradictoire, préalablement à son placement à l'isolement, le Ministre a violé les droits de la défense ; - faute d'avoir ordonné la prolongation de son placement à l'isolement sans avoir recueilli préalablement l'avis du médecin intervenant dans l'établissement, le Ministre a entaché sa décision d'un vice de procédure ; - faute d'avoir ordonné la prolongation de son placement à l'isolement sans avoir disposé du rapport motivé du directeur interrégional des services pénitentiaires, le Ministre a entaché sa décision d'un vice de procédure ; - la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une inexactitude matérielle des faits. Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que : - la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la décision prolongeant le placement à l'isolement du requérant a été prise en raison de circonstances particulières liées tant à son profil pénal qu'à son parcours pénitentiaire ainsi qu'à la nécessité de préserver l'ordre public, de nature à renverser la présomption d'urgence : - s'agissant des moyens invoqués : - la décision en litige a été prise par Mme C B, directrice des services pénitentiaires, cheffe du pôle isolement qui a reçu compétence à cet effet par un arrêté du directeur général de l'administration pénitentiaire du 8 novembre 2022 régulièrement publié au journal officiel du 17 novembre suivant ; - la procédure contradictoire a été suivie dès lors que le requérant a été informé le 21 octobre 2022 de la proposition de prolongation de la mesure d'isolement dont il fait l'objet et a été informé de ses droits mais a refusé de signer l'accusé de réception notamment celui de la consultation des pièces du dossier ; à cet égard, si le document mentionne " refuse de signer " ainsi qu'il est demandé aux surveillants de le faire, rien ne permet de remettre en cause la bonne foi du surveillant ayant établi la notification de la proposition de prolongation ; - le médecin a rendu un avis le 28 octobre 2022 et n'a formulé aucune contre-indication à la mesure d'isolement du requérant ; - le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a rendu un rapport motivé en date du 9 novembre 2022 ; - la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'une erreur quant à la matérialité des faits étant précisé que le requérant bénéficie d'au moins une heure de promenade par jour et de la possibilité de faire du sport s'il ne peut accéder aux activités organisées de manière collective ni participer aux offices religieux ; la prolongation du placement à l'isolement du requérant est le seul moyen permettant d'assurer le bon ordre et la sécurité au sein de l'établissement. Vu : - les autres pièces du dossier ; - la requête enregistrée sous le n° 2210100 tendant à l'annulation de la décision dont la suspension de l'exécution est demandée. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code pénitentiaire ; - la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ; - la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ; - le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement ; - le code de justice administrative. La présidente du Tribunal a désigné Mme Markarian, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. L'audience publique s'est tenue le 15 décembre 2022 à 16 heures, en présence de Mme Dan, greffière d'audience, en l'absence des parties. La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience. Considérant ce qui suit : 1. M. D A, écroué depuis le 20 janvier 2012, a été condamné le 2 juillet 2015 par la Cour d'assises des Yvelines à douze ans de réclusion criminelle pour des faits d'extorsion avec violences et en bande organisée commise avec arme, enlèvement et séquestration de plusieurs personnes et a également fait l'objet de plusieurs autres condamnations correctionnelles. Détenu dans différents centres pénitentiaires, il a été transféré sur le centre pénitentiaire de Valence le 23 octobre 2019 où il a été placé à l'isolement le 26 décembre suivant, puis après avoir fait l'objet de plusieurs changements d'établissements, est incarcéré depuis le 13 janvier 2022 à la maison centrale d'Arles. Par une décision du 16 novembre 2022, sa mise à l'isolement a été prolongée jusqu'au 22 février 2023. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision. 2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". 3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 726-1 du code de procédure pénale : " Toute personne détenue, sauf si elle est mineure, peut être placée par l'autorité administrative, pour une durée maximale de trois mois, à l'isolement par mesure de protection ou de sécurité soit à sa demande, soit d'office. Cette mesure ne peut être renouvelée pour la même durée qu'après un débat contradictoire, au cours duquel la personne concernée, qui peut être assistée de son avocat, présente ses observations orales ou écrites. L'isolement ne peut être prolongé au-delà d'un an qu'après avis de l'autorité judiciaire. ". Aux termes de l'article R. 57-7-73 du même code : " Tant pour la décision initiale que pour les décisions ultérieures de prolongation, il est tenu compte de la personnalité de la personne détenue, de sa dangerosité ou de sa vulnérabilité particulière, et de son état de santé. () ". 4. Aucun des moyens, ci-avant énoncés et analysés aux visas de la présente ordonnance, dont le requérant fait état, ne paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision prolongeant le placement du requérant à l'isolement du 16 novembre 2022. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, il y a lieu de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle et au bénéfice des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. O R D O N N E : Article 1er : La requête de M. A est rejetée. Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A et au garde des sceaux, ministre de la justice. Fait à Marseille, le 19 décembre 2022. La Juge des référés, Signé G. Markarian La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme, P/ La greffière en chef, La greffière,
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Chronologie de l'affaire
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Synthèse
- Juridiction
- TA13
- Chambre
- Tribunal Administratif de Marseille
- Dispositif
- Rejet
- Date
- 19 décembre 2022
Référence
DTA_2210099_20221219
Données disponibles
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