TA13Tribunal Administratif de MarseilleSatisfaction Totale
TA13 · Tribunal Administratif de Marseille — 24 mars 2023
- ECLI
- DTA_2301919_20230324
- Date
- 24 mars 2023
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Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'enjoindre à M. G C B et à Mme F de quitter les lieux, en évacuant dans un délai de un mois le logement situé 96 rue Consolat à Marseille (13001) mis à disposition par l'association Groupe Sos Solidarités ;
2°) d'autoriser le concours de la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux ;
3°) de l'autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l'association Groupe Sos Solidarités afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C B et Mme E à défaut pour ceux-ci, d'avoir emporté leurs effets personnels.
Il soutient que :
- il a qualité pour agir pour agir dès lors qu'il lui appartient de décider des mesures à mettre en œuvre pour faire cesser l'occupation sans titre d'un hébergement en C.A.D.A. ;
- la demande d'expulsion, qui trouve son fondement dans les dispositions de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours formé par M. C B et Mme E et que par un courrier du 18 janvier 2023 notifié en main propre le 30 janvier 2023, ils ont été mis en demeure de quitter l'appartement qu'ils occupent ;
- il y a urgence et utilité au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative dès lors que le département des Bouches-du-Rhône dispose, au 31 décembre 2022, de 3450 places en centre d'accueil pour demandeurs d'asile, alors que 866 demandeurs d'asile sont en attente d'hébergement dans le département, dont certains présentent un besoin prioritaire ;
- M. C B et Mme E, avertis du caractère temporaire de leur prise en charge, se maintiennent indûment dans un logement destiné à des personnes dont la demande d'asile est en cours d'instruction. Au surplus, ils n'ont pas déféré à la mise en demeure l'enjoignant de libérer les lieux avec leurs enfants.
La requête a été régulièrement communiquée à M. C B et Mme E qui n'ont pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme A, première vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 23 mars 2023 à 14h30, en présence de Mme Saint-Etienne, greffière d'audience, Mme A a lu son rapport et entendu :
- Mme D, représentant le préfet des Bouches-du-Rhône qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait part d'un changement d'adresse du CADA géré par l'association SOS Solidarités et précise l'adresse du logement de M. G C B et de Mme F ;
- M. G C B et Mme F qui reconnaissent devoir partir de leur logement mais demande un délai supplémentaire en faisant état notamment de ce qu'actuellement l'absence de ressources ne leur permettent pas d'assurer un hébergement en hôtel avec leur deux jeunes enfants, mais s'engagent à partir le plus tôt possible.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision. ".
2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 552-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ".
3. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 552-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile ou jusqu'à leur transfert effectif vers un autre Etat européen " ; aux termes de l'article L. 551-11 du même code : " L'hébergement des demandeurs d'asile prévu au chapitre II prend fin au terme du mois au cours duquel le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français a pris fin, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2 " ; aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire ".
4. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.
5. M. C B et Mme E tous deux de nationalité congolaise de la République démocratique du Congo, ont été définitivement déboutés de leur demande d'asile par décision de la Cour nationale du droit d'asile en date respectivement du 3 février 2022 notifiée le 12 avril 2022 et le 26 aout 2022 notifié le 16 septembre 2022. Ils ont fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, respectivement le 27 juin 2022 et le 5 décembre 2022, dans un délai de 30 jours. Le préfet des Bouches-du-Rhône a mis en demeure les intéressés de quitter le centre d'accueil dans un délai de sept jours, par lettre du 18 janvier 2023, notifiée le 30 janvier 2023. Cette mise en demeure est restée infructueuse. Ainsi M. C B et Mme E occupent sans droit ni titre le logement situé 96, rue Consolat à Marseille (13001) mis à disposition par l'association Groupe Sos Solidarités, situé 38, rue Breteuil à Marseille (13006). Par ailleurs, les intéressés ne pouvaient ignorer depuis la confirmation par la Cour nationale du droit d'asile du rejet de leur demande d'asile en date respectivement du 3 février 2022 notifié le 12 avril 2022 et le 26 aout 2022 notifié le 16 septembre 2022, qu'ils n'avaient plus le droit d'occuper un lieu d'hébergement destiné à l'accueil de demandeurs d'asile, leur expulsion ne se heurte ainsi à aucune contestation sérieuse. Dès lors, la demande du préfet des Bouches-du-Rhône tendant à ce que soit prononcée une mesure d'expulsion à l'égard M. C B et Mme E ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
6. En outre, l'évacuation des intéressés de ce logement présente un caractère d'urgence et d'utilité eu égard à la circonstance que le maintien indu en centre d'accueil d'une personne dont la demande d'asile a été rejetée lèse le droit d'un demandeur d'asile en le privant notamment de l'accès à un hébergement en centre d'accueil et de l'accompagnement social et administratif durant le déroulement de la procédure d'asile, compte tenu, notamment, du nombre limité de places d'accueil dans le département et du nombre de demandeurs d'asile et compromet le fonctionnement normal de ce centre d'accueil.
7. Il résulte de ce qui précède qu'y a lieu d'enjoindre à M. C B et Mme E de libérer le logement, situé 96, rue Consolat à Marseille (13001), mis à leur disposition par l'association Groupe Sos Solidarités, domicilié 38, rue Breteuil à Marseille (13006) et dire qu'à défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique. Il y a lieu, en outre, d'autoriser le préfet des Bouches-du-Rhône à donner toutes instructions utiles à l'association Groupe Sos Solidarités afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. C B et Mme E, à défaut pour ceux-ci de les avoir emportés. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de différer de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, l'exécution de la mesure d'expulsion.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à M. G C B et Mme F de quitter, dans un délai de deux mois, à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement situé 96, rue Consolat à Marseille (13001), mis à leur disposition par l'association Groupe Sos Solidarités, domicilié 38, rue Breteuil à Marseille (13006). A défaut, le préfet des Bouches-du-Rhône pourra procéder d'office à leur expulsion, si nécessaire avec le concours de la force publique.
Article 2 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à donner toutes instructions utiles à l'association Groupe Sos Solidarités afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques de M. G C B et de Mme F, à défaut pour ceux-ci d'avoir emporté leurs effets personnels.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et des Outre-Mer, à M. G C B, et à Mme F
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône
Fait à Marseille, le 24 mars 2023.
La juge des référés,
Signé
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous les commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffièreCitations
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Synthèse
- Juridiction
- TA13
- Chambre
- Tribunal Administratif de Marseille
- Dispositif
- Satisfaction Totale
- Date
- 24 mars 2023
Référence
DTA_2301919_20230324
Données disponibles
- Texte intégral
- Résumé officiel