Conseil d'État · 7ème chambre jugeant seule — 31 octobre 2023
- ECLI
- ECLI:FR:CECHS:2023:474850.20231031
- Date
- 31 octobre 2023
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IAFaits
Un militaire, chef d'escadron de la gendarmerie nationale, a été radié des cadres par décret du Président de la République en date du 17 avril 2023 pour avoir détourné à son profit personnel des fonds de l'amicale de l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), dont il était trésorier. Les détournements, d'un montant total de 7 674 euros, ont été effectués entre juillet 2019 et janvier 2020. Le militaire a reconnu les faits après leur mise en évidence par un nouveau trésorier puis par un rapport d'audit interne. Il a depuis remboursé l'intégralité des sommes détournées. Les agissements sont considérés comme incompatibles avec les obligations d'un gendarme, notamment le devoir d'exemplarité d'un officier supérieur.
Procédure
Le militaire a saisi le Conseil d'Etat par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement les 6 juin et 22 septembre 2023. Il demande l'annulation du décret de radiation pour excès de pouvoir, l'injonction à l'administration de procéder à sa réintégration et d'effacer toute mention de la sanction sous astreinte, ainsi que la condamnation de l'Etat à lui verser une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Le Conseil d'Etat a entendu le rapport de la rapporteure et les conclusions du rapporteur public en séance publique.
Question juridique
La radiation des cadres d'un militaire pour détournement de fonds d'une amicale dont il est trésorier, malgré le remboursement ultérieur des sommes détournées, est-elle proportionnée au regard des obligations déontologiques et disciplinaires applicables aux militaires, notamment celles d'intégrité et d'exemplarité ?
Solution
source officielleRejet de la requête du militaire. Les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont également rejetées.
Résumé généré automatiquement — à vérifier avec la décision originale.
Texte intégral
Vu la procédure suivante : Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 juin et 22 septembre 2023 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, M. B A demande au Conseil d'Etat : 1°) d'annuler pour excès de pouvoir le décret du 17 avril 2023 par lequel le Président de la République a prononcé sa radiation des cadres par mesure disciplinaire ; 2°) d'enjoindre à l'administration de procéder à sa réintégration et d'effacer toute mention de la sanction, dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Vu les autres pièces du dossier ; Vu : - le code de la défense ; - le code de justice administrative ; Après avoir entendu en séance publique : - le rapport de Mme Marie Lehman, maître des requêtes en service extraordinaire, - les conclusions de M. Nicolas Labrune, rapporteur public ; Considérant ce qui suit : 1. M. A, chef d'escadron de la gendarmerie nationale, demande l'annulation du décret du 17 avril 2023 par lequel le Président de la République a prononcé sa radiation des cadres par mesure disciplinaire au motif que, au cours de son affectation à l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante (OCLDI), il aurait détourné à son profit personnel des fonds de l'amicale de l'OCLDI, dont il exerçait les fonctions de trésorier. 2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 4122-3 du code de la défense : " Le militaire est soumis aux obligations qu'exige l'état militaire conformément au deuxième alinéa de l'article L. 4111-1. Il exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ". Selon l'article L. 4137-2 du même code : " Les sanctions disciplinaires applicables aux militaires sont réparties en trois groupes : () 3° Les sanctions du troisième groupe sont : / a) Le retrait d'emploi, défini par les dispositions de l'article L. 4138-15 ; / b) La radiation des cadres ou la résiliation du contrat () ". 3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a effectué, de juillet 2019 à janvier 2020, plusieurs virements depuis le compte bancaire de l'amicale de l'OCLDI vers son compte personnel pour un montant total de 7 674 euros. S'il est constant que M. A était alors confronté à des difficultés financières personnelles et qu'il a depuis procédé au remboursement de l'intégralité des sommes détournées, il ressort également des pièces du dossier qu'il n'a reconnu les faits que lorsque l'existence de ces différents prélèvements a été mise en évidence successivement par le nouveau trésorier de l'amicale de l'OCLDI puis par un rapport d'audit interne de cette amicale. Ces agissements répétés, eu égard à leur gravité et à leur incompatibilité avec les obligations d'un gendarme, et tout particulièrement avec le devoir d'exemplarité qui incombe à un officier supérieur, constituent un manquement de nature à porter atteinte à l'image et à la considération de la gendarmerie nationale. Dans ces conditions, malgré les très bons états de service de M. A, l'autorité disciplinaire n'a pas pris, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, une sanction disproportionnée en décidant de radier des cadres l'intéressé. 4. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il attaque. Ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent, par suite, qu'être rejetées. D E C I D E : -------------- Article 1er : La requête de M. A est rejetée. Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. B A et au ministre des armées. Copie en sera adressée à la Première ministre.
Citations
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Synthèse
- Juridiction
- Conseil d'État
- Chambre
- 7ème chambre jugeant seule
- Formation
- 7ème chambre jugeant seule
- Dispositif
- Rejet
- Date
- 31 octobre 2023
Référence
ECLI:FR:CECHS:2023:474850.20231031