HATVPAvis (agent)
HATVP · Avis (agent) — 3 juillet 2024
- ECLI
- HATVP:2024-A-208
- Date
- 3 juillet 2024
transparence vie publiquedeontologie
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Texte intégral
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Avis n° 2024-208 du 3 juillet 2024
relatif à la mobilité professionnelle de Monsieur Victor Manhès
LE PRESIDENT DE LA HAUTE AUTORITE,
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code pénal ;
- la loi n° 2016- 483 du 20 avril 2016 relative à la déontologie et aux droits et obligations des
fonctionnaires ;
- le décret n° 2020-69 du 30 janvier 2020 relatif aux contrôles déontologiques dans la fonction
publique ;
- la saisine de la Haute Autorité en date du 21 mai 2024 ;
- les autres pièces du dossier ;
- le rapport présenté ;
Rend l’avis suivant :
1. La secrétaire générale du Gouvernement a saisi la Haute Autorité d’une demande d’avis sur
la mobilité professionnelle de Monsieur Victor Manhès , conseiller parlementaire au sein du cabinet
de Madame Elisabeth Borne, alors Première ministre, du 9 juin 2023 au 9 janvier 2024. L’intéressé
souhaite rejoindre la société anonyme Havas Paris, spécialisée dans le domaine de la publicité et de
la communication, en qualité de directeur conseil. Dans ce cadre, il serait plus spécifiquement chargé
des secteurs de l’agro-alimentaire, du luxe, du numérique, du commerce et de l’énergie.
I. La saisine
2. L’article L. 124-4 du code général de la fonction publique dispose : « L’agent public cessant
ou ayant cessé ses fonctions depuis moins de trois ans, définitivement ou temporairement, saisit à
titre préalable l’autorité hiérarchique dont il relève ou a relevé dans son dernier emploi afin
d’apprécier la compatibilité de toute activité lucrative, salariée ou non, dans une entreprise privée
ou un organisme de droit privé ou de toute activité libérale avec les fonctions exercées au cours des
trois années précédant le début de cette activité (…) ».
3. Selon l’article 11 de la loi du 20 avril 2016, la demande prévue à l’article L. 124- 4 précité
doit obligatoirement être soumise à la Haute Autorité lorsqu’elle émane d’un agent occupant ou ayant
occupé, au cours des trois dernières années, un emploi de membre de cabinet ministériel.
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4. Monsieur Manhès a occup é un tel emploi et l’activité qu’il souhaite entreprendre est une
activité lucrative dans un organisme de droit privé. Il appartient donc à la Haute Autorité d’apprécier
la compatibilité de la mobilité professionnelle de l’intéressé avec l es fonctions publiques qu’il a
exercées au cours des trois dernières années.
5. Pour l’application de l’article L. 124-12 du code général de la fonction publique, le contrôle
de la compatibilité consiste, en premier lieu, à rechercher si l’activité envisagée risque de placer
l’agent en situation de commettre l’infraction prévue à l’article 432-13 du code pénal. Il implique, en
second lieu, d’examiner si cette activité comporte des risques de nature déontologique. À ce titre,
l’activité ne doit pas être susceptible de compromettre ou mettre en cause le fonctionnement normal,
l’indépendance ou la neutralité du service ou de méconnaître les principes déontologiques de dignité,
d’impartialité, de neutralité, d’intégrité et de probité rappelés aux articles L. 121 -1 et L. 121- 2 du
code général de la fonction publique.
6. En vertu de l’article L. 124- 14 du code général de la fonction publique, le président de la
Haute Autorité peut rendre, au nom de celle -ci, un avis de compatibilité, assorti éventuellement de
réserves, dans le cas où l’activité envisagée est manifestement compatible avec les fonctions
antérieures ou actuelles de l’intéressé.
II. La compatibilité de l’activité envisagée avec les fonctions publiques exercées au
cours des trois dernières années
1. Le risque pénal, au regard du délit de prise illégale d’intérêts
7. Le premier alinéa de l’article 432-13 du code pénal punit de trois ans d’emprisonnement et
d’une amende de 200 000 euros le fait, pour un agent public, de prendre ou de recevoir une
participation par travail, conseil ou capitaux dans une entreprise privée alors qu’il a été chargé, dans
le cadre des fonctions qu’il a effectivement exercées au cours des trois dernières années, soit d’assurer
la surveillance ou le contrôle de cette entreprise, soit de conclure avec elle un contrat de toute nature
ou de formuler un avis sur un tel contrat, soit de proposer à l’autorité compétente des décisions
relatives à des opérations de cette entreprise ou de formuler un avis sur de telles décisions. Le
deuxième alinéa de cet article punit des mêmes peines t oute participation par travail, conseil ou
capitaux dans une entreprise privée qui possède au moins 30 % de capital commun ou a conclu un
contrat comportant une exclusivité de droit ou de fait avec l'une des entreprises mentionnées au
premier alinéa.
8. Il résulte des attestations de l’intéressé et de son autorité hiérarchique que Monsieur Manhès
n’a accompli, dans le cadre de ses fonctions publiques au cours des trois dernières années, aucun acte
relevant de l’article 432-13 à l’égard de la société Havas Paris ou de toute entreprise du même groupe
au sens du deuxième alinéa de cet article. Dans ces conditions et en l’état des informations dont
dispose la Haute Autorité, le risque de prise illégale d’intérêts peut être écarté, sous réserve de
l’appréciation souveraine du juge pénal.
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2. Les risques déontologiques
9. En premier lieu, au regard des éléments dont dispose la Haute Autorité , la mobilité de
Monsieur Manhès n’apparaît pas de nature à faire naître un doute sur le respect, par l’intéressé, des
principes déontologiques qui s’imposaient à lui dans l’exercice de ses fonctions publiques, rappelés
aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code général de la fonction publique.
10. En second lieu, Monsieur Manhès pourrait, dans le cadre de son activité au sein de la société
Havas Paris , entreprendre des démarches auprès des pouvoirs publics. D ans ces conditions , il
convient d’encadrer les futures relations professionnelles de l’intéressé afin de prévenir tout risque
de mise en cause du fonctionnement normal, de l’indépendance ou de la neutralité de l’administration.
11. En conséquence, la Haute Autorité considère que le projet envisagé par Monsieur Manhès
est compatible avec les fonctions pu bliques qu’il a exercées sous réserve qu’il s’abstienne, dans le
cadre de sa nouvelle activité professionnelle, de réaliser toute démarche, y compris de représentation
d’intérêts, auprès de Madame Elisabeth Born e, dans l’hypothèse où cette dernière serait amenée à
exercer à nouveau des fonctions gouvernementales, et des personnes qui étaient membres de son
cabinet en même temps que l’intéressé et qui occupent encore des fonctions publiques. Cette réserve
vaut, pour chacune des personnes qu’elle vise, jusqu’à l’expiration d’un délai de trois ans suivant la
cessation de la relation de travail entre Monsieur Manhès et la personne concernée. Son respect fera
l’objet d’un suivi régulier par la Haute Autorité.
12. La Haute Autorité rappelle qu’en application des articles L. 121- 6 et L. 121- 7 du code
général de la fonction publique, il incombe à Monsieur Manhès de n’utiliser aucun document ou
renseignement non public dont il aurait eu connaissance du fait de ses anciennes fonctions publiques,
sans limite de durée.
13. Cet avis est rendu au vu des informations fournies par l’auteur de la saisine. Il ne vaut que
pour l’activité mentionnée et telle que décrite d ans la saisine. L’exercice de toute nouvelle activité
professionnelle au sens de l’article L. 124- 4 du code général de la fonction publique, dans les trois
ans suivant la cessation des fonctions publiques de l’intéressé, devra faire l’objet d’une nouvelle
saisine de son ancienne autorité hiérarchique.
14. En application de l’article L. 124-15 du code général de la fonction publique, cet avis, dont
la réserve lie l’administration et s’impose à l’agent, sera notifié à Monsieur Manhès, à la secrétaire
générale du Gouvernement et au directeur général de la société Havas Paris.
Le Président
Didier MIGAUD 4
Citations
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Synthèse
- Juridiction
- HATVP
- Chambre
- Avis (agent)
- Date
- 3 juillet 2024
- Matière
- transparence vie publique
Référence
HATVP:2024-A-208
Données disponibles
- Texte intégral
- Résumé officiel