Tribunal JudiciaireCTX PROTECTION SOCIALE
Tribunal Judiciaire · CTX PROTECTION SOCIALE — 19 avril 2024
- ECLI
- 6622b430c91e3bdd7a88c2cb
- Date
- 19 avril 2024
Source : DILA / Judilibre · open data
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Texte intégral
MINUTE N° : TRIBUNAL JUDICIAIRE DE LYON POLE SOCIAL - CONTENTIEUX GENERAL REPUBLIQUE FRANCAISE AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS JUGEMENT DU : MAGISTRAT : ASSESSEURS: DÉBATS : PRONONCE : AFFAIRE : NUMÉRO R.G : 19 Avril 2024 Martin JACOB, président Laurent CHARRY, assesseur collège employeur Claude NOEL, assesseur collège salarié assistés lors des débats par Isabelle BELACCHI, greffière et du prononcé du jugement par Doriane SWIERC, greffiere tenus en audience publique le 21 Février 2024 jugement contradictoire, rendu en premier ressort, le 19 Avril 2024 par le même magistrat S.A.S.U. [3] C/ CPAM DU RHONE N° RG 19/03389 - N° Portalis DB2H-W-B7D-UN5N DEMANDERESSE S.A.S.U. [3], dont le siège social est sis [Adresse 1] représentée par la SELARL R & K AVOCATS, avocats au barreau de LYON, DÉFENDERESSE CPAM DU RHONE, dont le siège social est sis Service contentieux général - [Localité 2] comparante en la personne de Mme [P] munie d’un pouvoir spécial Notification le : Une copie certifiée conforme à : S.A.S.U. [3] CPAM DU RHONE la SELARL R & K AVOCATS, toque 1309 Une copie revêtue de la formule exécutoire : CPAM DU RHONE Une copie certifiée conforme au dossier [R] [S], embauchée par la SASU [3] le 5 décembre 2016, a déclaré à son employeur, avoir été victime d'un accident du travail le 31 août 2017 à 7h55. Un certificat médical initial établi le jour de l'accident, soit le 31 août 2017, fait état d'une lombalgie post traumatique. Le médecin a prescrit à [R] [S] un arrêt de travail jusqu'au 11 septembre 2017 inclus. La SASU [3] a souscrit une déclaration d'accident du travail le 1er septembre 2017. Par courrier daté du 19 septembre 2017, la caisse primaire d'assurance maladie (la CPAM) du Rhône a informé l'employeur de la prise en charge, au titre de la législation professionnelle, de l'accident dont a été victime [R] [S] le 31 août 2017. Par courrier du 4 juin 2018, après avis du médecin-conseil, la CPAM du Rhône a fixé la date de guérison des lésions de la salariée avec séquelles indemnisables au 31 mars 2018. Par courrier recommandé daté du 14 novembre 2017, la SASU [3] a saisi la commission de recours amiable (la CRA) de la CPAM du Rhône d'une contestation du lien de causalité direct et certain de l'ensemble des arrêts de travail avec la lésion initiale au titre de l'accident de [R] [S] survenu le 31 août 2017. Lors de sa réunion du 5 février 2020, la CRA de la CPAM du Rhône a confirmé l'opposabilité à l'employeur de la prise en charge, au titre de la législation professionnelle, de l'accident dont a été victime [R] [S] le 31 août 2017 ainsi que de la durée de l'arrêt de travail à compter du 1er septembre 2017. La CRA a ainsi rejeté la demande de la SASU [3]. **** Par lettre recommandée avec demande d'accusé de réception du 15 novembre 2019, reçue au greffe le 18 novembre 2019, la SASU [3] a saisi le pôle social du tribunal judiciaire de Lyon, d'une demande d'inopposabilité des arrêts de travail pris en charge par la CPAM du Rhône, à titre principal, et d'une demande d'expertise judiciaire suite à l'accident dont a été victime [R] [S] le 31 août 2017. L'affaire a été appelée à l'audience du 21 février 2024. Dans ses dernières conclusions développées oralement à l'audience, la SASU [3] demande au pôle social du tribunal judiciaire de Lyon de : - ordonner, avant-dire droit, une expertise judiciaire sur pièces, - nommer un expert conformément à la mission figurant dans les conclusions, - juger que les frais d'expertise seront entièrement mis à la charge de la CPAM, - dans l'hypothèse où des arrêts de travail ne seraient pas en lien direct et certain avec la lésion initiale, déclarer ces arrêts inopposables à la société. La caisse primaire d'assurance maladie du Rhône demande au pôle social du tribunal judiciaire de Lyon de confirmer l'opposabilité à la SASU [3] de la décision de prise en charge des arrêts au titre de l'accident du travail, du 31 août 2017 jusqu'au 31 mars 2018, et de rejeter la demande d'expertise judiciaire formée par l'employeur. Par application des dispositions de l'article 455 du code de procédure civile, il est expressément renvoyé aux conclusions visées pour un exposé plus ample des prétentions et moyens des parties. L'affaire a été mise en délibéré au 19 avril 2024. MOTIFS L'article L. 411-1 du code de la sécurité sociale dispose qu'est considéré comme accident du travail, qu'elle qu'en soit la cause, l'accident survenu par le fait ou à l'occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d'entreprise. Ce texte édicte une présomption d'imputabilité au travail d'un accident survenu au temps et au lieu du travail, laquelle s'applique dans les rapports du salarié victime avec la caisse mais également en cas de litige entre l'employeur et la caisse. La présomption d'imputabilité des soins et arrêts de travail délivrés à la suite d'un accident du travail s'étend pendant toute la durée d'incapacité de travail précédant soit la guérison complète, soit la consolidation de l'état de la victime. Lorsque la caisse démontre qu'il y a continuité de symptômes et de soins à compter de l'accident initial, les soins en découlant sont présumés imputables à celui-ci sauf pour l'employeur à rapporter la preuve de l'existence d'un état pathologique préexistant évoluant pour son propre compte sans lien avec l'accident ou la maladie ou d'une cause postérieure totalement étrangère, auxquels se rattacheraient exclusivement les soins et arrêts de travail postérieurs. En l'espèce, la SASU [3] invoque le caractère disproportionné de la durée de l'arrêt de travail, notamment au regard du barème de la CPAM, et sollicite la mise en œuvre d'une expertise médicale judiciaire. Elle indique qu’en l'absence de transmission des certificats médicaux de prolongation de l'arrêt de travail, elle n'est pas en mesure de connaître l'existence d'un état pathologique antérieur. Elle considère que la durée des arrêts de travail peut provenir d'une pathologie autre que les lésions subies par [R] [S] suite à son accident du travail. Elle ajoute que le versement des attestations de paiement des indemnités journalières ne suffit pas à établir le lien den causalité direct et certain entre l'accident du travail et les arrêts de travail et soins prescrits. Pour sa part, la CPAM du Rhône fait valoir que, faute pour la SASU [3] d'apporter la preuve que la lésion résulte d'une cause totalement étrangère au travail, l'employeur ne détruit pas la présomption d'imputabilité, s'attachant à toute lésion survenue brusquement au temps et au lieu du travail, qui a donc vocation à s'appliquer à l'ensemble des soins et arrêts. La caisse précise que le service du contrôle médical a admis le bienfondé des arrêts de travail, suite à une demande de contrôle de la part de l'employeur, en date du 8 décembre 2017. À cet égard, [R] [S] a été victime le 31 août 2017 d'un accident de travail. Le certificat médical initial, établi le 31 août 2017, fait état d'une lombalgie post traumatique et le médecin a prescrit un arrêt de travail jusqu'au 11 septembre 2017. La CPAM du Rhône fournit le certificat médical initial, une attestation du versement des indemnités journalières et la fiche de liaisons médico-administratives, ces documents étant tous rattachés à l'accident du 31 août 2017. Le médecin-conseil de la caisse s'est par ailleurs prononcé favorablement sur la justification des arrêts de travail de [R] [S] le 8 décembre 2017 et il a fixé la date de consolidation de son état à la date du 31 mars 2018. Au vu de l'ensemble de ces éléments, les arrêts et soins prescrits au titre de l'accident dont a été victime [R] [S] le 31 août 2017 bénéficient de la présomption d'imputabilité, étant en outre précisé que la continuité des symptômes et des soins est parfaitement caractérisée. Si l'employeur peut solliciter l'organisation d'une expertise médicale pour vérifier l'imputabilité à l'accident des soins et arrêts de travail pris en charge par la caisse, il doit cependant justifier de l'utilité d'une telle mesure en apportant au soutien de cette demande des éléments médicaux de nature à accréditer l'existence d'une cause qui serait à l'origine exclusive des prescriptions litigieuses. L'expertise judiciaire ne doit pas permettre de pallier la carence probatoire d'une partie. De simples doutes fondés sur la longueur de l'arrêt de travail ne sont pas de nature à étayer les prétentions de l'employeur. La société, qui ne démontre pas l'existence d'une cause totalement étrangère au travail, ne peut faire échec à la présomption d'imputabilité. De plus, l'utilisation de référentiels relatifs à la longueur des arrêts de travail, tels le barème Valette ou ceux établis par la CPAM, ne peut se faire qu'à titre indicatif. Il revient aux professionnels de santé d'adapter la durée des arrêts de travail aux cas qu'ils rencontrent et à leurs spécificités, dans le cadre de leur connaissance et de leur expérience. En conséquence, la demande de mise en œuvre d'une expertise médicale judiciaire sera rejetée, aucun élément ne permettant de remettre en cause l'avis du médecin ayant établi le certificat médical initial et les avis du médecin-conseil. Les arrêts de travail et soins consécutifs à l'accident du travail de [R] [S] survenu le 31 août 2017 seront donc déclarés opposables à la SASU [3]. PAR CES MOTIFS Le pôle social du tribunal judiciaire de Lyon, après en avoir délibéré, par jugement contradictoire et en premier ressort, mis à disposition, Déclare opposable à l'égard de la SASU [3], l'intégralité des soins et arrêts de travail prescrits en suite de l'accident dont [R] [S] a été victime le 31 août 2017, jusqu'à sa consolidation fixée au 31 mars 2018 ; Rejette la demande d'expertise médicale judiciaire de la SASU [3] ; Déboute la SASU [3] de ses demandes subséquentes ; Condamne la SASU [3] aux dépens exposés à compter du 1er janvier 2019. LE GREFFIER LE PRESIDENT
Articles de loi cités
article 455 du code de procédure civilearticle L. 411-1 du code de la sécurité sociale dispos
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Synthèse
- Juridiction
- Tribunal Judiciaire
- Chambre
- CTX PROTECTION SOCIALE
- Date
- 19 avril 2024
Référence
6622b430c91e3bdd7a88c2cb
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